vendredi 23 juin 2006
L'encodage des œuvres numériques, un nouveau Big Brother ?
vendredi 23 juin 2006 à 10:50 :: Articles de presse
Sous ce titre, deux députés français, Par Bernard Carayon et Michel Rocard, s'interrogent sur la portée du texte actuellement débattu par la législature française sur le droit d'auteur. Ils se demandent si le texte soumis à la législature française vise d'abord à permettre l'adoption de mesures de protection techique des oeuvres numérisées qui confèreraient aux entreprises une capacité technique de contrôle comportant des risques importants alors qu'elle n'entraînerait guère de profit pour les auteurs.
" Le texte sur les «Droits d'auteur et droits voisins dans la société de l'information» (DADVSI), actuellement en débat au Parlement français, recèle des enjeux économiques et stratégiques qui dépassent largement la simple rémunération des auteurs et interprètes sur le segment des œuvres numérisées. En effet, la numérisation, en dissociant l'œuvre de son support physique, fait intervenir dans la relation entre artistes et public un nouvel intermédiaire, le créateur des formats d'encodage numérique et des logiciels capables de produire et de lire ces formats, qui se trouve ainsi en situation de contrôle des flux d'information.
l'objet de la directive EUCD dont est issu DADVSI n'est pas la protection des artistes, ni même la lutte contre les copies illicites. La disposition principale de ce texte est de sanctuariser les «mesures techniques de protection» (MTP), méthodes logicielles d'encodage des œuvres, créant de fait un droit sur les moyens de transmission de l'information. Mais surtout, les MTP à l'ère de l'Internet permettent la location des œuvres : nul ne possédera plus de copies utilisables de ses fichiers, qui seront stockés dans un «coffre-fort numérique» crypté, enclave de l'éditeur au sein des ordinateurs des particuliers, l'éditeur pouvant à tout moment révoquer par Internet les licences d'utilisation des fichiers. Alors que le numérique autorise la multiplication de l'accès à la culture, de tels systèmes fragiliseraient celle-ci, mettant les œuvres sous l'épée de Damoclès d'une panne de disque dur, de la disparition de l'éditeur, ou d'autodafés numériques instantanés si la censure de telle ou telle œuvre était décidée. Est-ce réellement cela que souhaitent les artistes ? "














