La filière musicale et le pluralisme culturel : échos français
Le secteur culturel représente 2,5% du PIB européen, selon Odile Quintin, directrice à la Commission. européenne. La filière musicale occupe une part importante dans l’économie de la culture. La production et la diffusion de la musique ont été bouleversées par la technologie numérique. Alors que les grands groupes cherchent à faire face aux nouveaux défis en poussant toujours plus loin la concentration avec l’accord des autorités de régulation, la Commission européenne vient d’approuver à nouveau la fusion BMG-SONY. A la suite du regroupement des producteurs indépendants (IMPALA), Jean-Michel Grapin, DG de Yacast observe que parmi les 70 000 titres différents joués sur l’ensemble des médias radio et TV, 3% concentrent 70% des diffusions, provoquant la crise de la production. Les débats entourant l’adoption de la Loi DAVDSI par le gouvernement français tout comme les travaux de la Commission présidée par Denis Olivennes, patron de la FNAC, montrent bien à quel point il est difficile de contrer les avancées technologies par la régulation.
Les intérêts des fournisseurs d’accès comme des producteurs d’appareils toujours plus performants semblent leur conférer toujours une longueur d’avance sur les réactions des pouvoirs publics. « Plus de 10 millions de mobiles ont été vendus en 2006, dont 25% permettant la lecture ou le téléchargement de musique. La proportion devrait être bien supérieure sur 2007 et l’arrivée attendue de l’iPhone sera un accélérateur » selon Jean-Marc Tassetto, directeur général de SFR. Au Japon, 30% des téléphones mobiles permettent déjà de recevoir la télévision.
Du coup, les appels à réguler les étapes de mutation offrent tout au plus des moyens provisoires à portée limitée, en attendant que les entreprises ne parviennent à inventer de nouveaux modèles à la fois rentables et favorables aux créateurs. Roland Sandberg, DG du Swedish Music Information Center / Bureau Export Suédois créé en 1993, considère que l’instauration de quotas (comme sur les radios françaises) est un frein à l’échange avec les autres cultures et à la diversité, sauf si l’on imagine éventuellement des quotas non plus nationaux mais européens. Il prône la coopération entre les différents bureaux export en Europe, la stimulation du dialogue interculturel, et la création de nouveaux systèmes de subventions pour la culture afin de soutenir la diversité et l’accroissement des échanges culturels.
Pour sa part, Patrick Zelnik, président de Naïve et de l'association Impala se réjouit de voir la Convention sur la diversité culturelle « placer la culture au-dessus de l’économie ». Il estime qu’il faut réguler la concentration qui tue la diversité et équilibrer le marché entre majors et indépendants pour garantir la diversité des répertoires et l’accès au marché. A la conception française qui est de défendre la spécificité des produits culturels, il préfère celle, « plus libérale », d’Impala qui s’intéresse d’abord à la création et au développement des PME culturelles (Impala en rassemble 3 500). « Il n’y a pas de diversité sans pluralisme. Le pluralisme implique la multitude des acteurs, au niveau de la production, de la diffusion et de la distribution. Nous avons demandé à la Commission européenne et au gouvernement de créer un environnement favorable aux entreprises. On aide toujours les leaders mais rien n’empêche d’encourager un tissu de petites entreprises. L’artisanat culturel est une solution à la crise et apporte la diversité, il faut mettre en œuvre de petits projets. »
Hervé Rony le directeur général du SNEP, souligne de son côté la multiplication des moyens, réels ou potentiels, de diffuser la musique, et la multitude d’initiatives de toutes sortes qui en découlent mais avec des incertitudes. Comment valoriser un contenu en compétition avec un modèle gratuit ? « Nous sommes aujourd’hui dans une phase de tests, avec un contexte de concurrence faussée par l’offre illicite, qui complique toute tentative de mettre en place l’offre légale ».
Stéphane Bourdoiseau, patron de Wagram, émet des doutes sur la viabilité économique des modèles du type proposé récemment par Neuf Cegetel de ce type et estime qu’un pourcentage sur les abonnements ne peut pas rémunérer l’ensemble des ayants droit. Il estime que les acteurs de la musique doivent réviser leur mode d’exploitation, passer d’une activité mono-revenus à un modèle multi-revenus, et pratiquer l’intégration verticale en ayant recours à des contrats à 360° (les fameux « contrats 360 », le concept « tendance » de cette rentrée) englobant tous les revenus autour de l’artiste : musique enregistrée, scène, édition, numérique, merchandising…
Pour Frédéric Bouilleux, directeur des affaires linguistiques et culturelles à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), « on ne peut plus se contenter de la subvention. Il faut organiser un rapport plus constructif entre les secteurs public et privé. Les pouvoirs publics doivent soutenir la filière mais il est aussi fondamental que, grâce à d’autres entreprises, l’industrie musicale puisse participer à la diversité culturelle ».
Ces observations sont tirées du compte rendu du colloque Musique & Diversité organisé par le Bureau Export de la Musique française au Centre Pompidou le 4 septembre 2007 qui a permis d’aborder de nombreux aspects de la problématique du pluralisme culturel. Jean-François Michel, directeur de ce Bureau, a conclu que « cette journée a permis de montrer l’état de crise dans laquelle se trouve aujourd’hui la filière musicale et la nécessité d’une régulation, mais aussi le potentiel des nouveaux modèles car la filière se met aussi en « état de créativité ». Il faut l’accompagner dans cette étape. On a bien vu les enjeux de la diversité et l’importance de l’industrie musicale pour défendre et promouvoir cette diversité. Une politique doit être mise en place à l’échelle européenne.
Il n’y a donc aucune formule magique en vue : tous les acteurs dont dans une période de remises en cause et d’expérimentations dont les acteurs privés sont les protagonistes eux-mêmes soumis à une compétition très rude pour assurer leur avenir.
Fait intéressant à noter : dans ces réflexions menées à Paris par des responsables français, la Francophonie ne semble considérée par aucun intervenant comme un marché important et un acteur crédible.
http://www.french-music.org/Publish/document/309/Cpte%20rendu%20longMusique&Diversite.doc