vendredi 26 octobre 2007

Éloge des débats

" Je rêve d'une instance d'investigations, de débats contradictoires, quelque chose comme une cour civique qui soit le règne de la pluralité contre l'opacité, de la célérité contre l'atermoiement, de la prospective contre un passé qui ne veut pas passer. "

Paul RICOEUR, Le Monde, 11 mars 1999).

Les nouvelles technologies abolissent-elles les frontières ?

Les technologies de l’information et de la communication (Tic), qui ne sont plus toujours nouvelles, mais sont toujours renouvelées, sont censées permettre à la majeure partie des activités humaines de se dissocier de leur attache matérielle ; c’est ce qu’on entend par la délocalisation au sens large, la virtualité, la mobilité des travailleurs « branchés », et les déclinaisons de tous les e-quelquechose : e-learning, e-business, e-finance, e-marketing, etc.

Philippe Dumas, professeur en Sciences de l’information à l'Université du Var (Toulon) analyse le rôle symbolique des Tic dans la relation de l’Europe avec le continent américain.

"Les frontières sont contingentes et poreuses ; ce sont les cultures, les idées et les connaissances qui diffusent à travers ces pores ; le vecteur privilégié de cette diffusion est le dispositif de communication qui s’est construit sur les Tic plus que les voyages qui ont marqué la première époque de la relation intercontinentale. Entre en centre émetteur et localisé et des environnements globalisés les Tic sont le support de la dialectique « local-global ».

Culture : l'état d'urgence

François Barré se demande comment, face à l'extension illimitée du règne de la marchandise et du divertissement, inventer un projet culturel à la mesure des transformations du monde. A défaut de formuler des propositions concrètes, ses analyses méritent d'être connues.

À propos de culture

Sur le site de l'Encyclopédie de la Francophonie, Jacques Dufresne qui est le responsable et animateur de cet ambitieux projet, produit régulièrement de nouveaux textes sur la culture.

Dont celui-ci qui prolonge les analyses de l'essai sur Les enjeux de la mondialisation culturelle :

mardi 16 octobre 2007

Les langues sur Internet

Tout porte à croire que l'anglais est la langue de la mondialisation. Et que les autres langues ont vocation à devenir accessoires, confinées à des fonctions nationales ou locales. Les langues finlandaise, italienne, wolof ou française peuvent-elles nourrir encore l'ambition d'être des langues internationalement utiles et porteuses d'avenir ? Plusieurs semblent considérer que l'avenir est écrit. Et pourtant, cette vision occidentalo-centrée est-elle si assurée ?

Selon Internetworldstats.com, les langues asiatiques sont en passe d'être plus utilisées que l'anglais sur Internet.

Sur les 1,2 milliard de personnes qui utilisent Internet dans le monde, 31 % ont l'anglais comme première langue.

Mais les internautes chinois ont quintuplé en 7 ans et représentent 15,7 % du total. L'Asie compte déjà le plus grand nombre d'internautes (437 millions), ce qui ne représente encore que 12% de la population.

Les 322 millions d'internautes européens et les 233 millions de Nord-Américains représentent respectivement des taux de pénétration de 40 % et 70 %.



Par ailleurs, l'Internet Corporation for Assigned Names et Numbers (Icann), qui gère les adresses Internet mondiales, a annoncé, lundi 8 octobre, que les noms des sites Internet pourront désormais être rédigés dans 11 alphabets non occidentaux. Ces adresses pourront être testées sur le site de l'Icann pour vérifier qu'elles fonctionnent. Sept ans auront été nécessaires à cet organisme pour appliquer sa propre décision de rendre les noms de domaines internationaux. (D'après AFP)

lundi 15 octobre 2007

Filière musicale et pluralisme culturel : points de vue français

La filière musicale et le pluralisme culturel : échos français

Le secteur culturel représente 2,5% du PIB européen, selon Odile Quintin, directrice à la Commission. européenne. La filière musicale occupe une part importante dans l’économie de la culture. La production et la diffusion de la musique ont été bouleversées par la technologie numérique. Alors que les grands groupes cherchent à faire face aux nouveaux défis en poussant toujours plus loin la concentration avec l’accord des autorités de régulation, la Commission européenne vient d’approuver à nouveau la fusion BMG-SONY. A la suite du regroupement des producteurs indépendants (IMPALA), Jean-Michel Grapin, DG de Yacast observe que parmi les 70 000 titres différents joués sur l’ensemble des médias radio et TV, 3% concentrent 70% des diffusions, provoquant la crise de la production. Les débats entourant l’adoption de la Loi DAVDSI par le gouvernement français tout comme les travaux de la Commission présidée par Denis Olivennes, patron de la FNAC, montrent bien à quel point il est difficile de contrer les avancées technologies par la régulation.

Les intérêts des fournisseurs d’accès comme des producteurs d’appareils toujours plus performants semblent leur conférer toujours une longueur d’avance sur les réactions des pouvoirs publics. « Plus de 10 millions de mobiles ont été vendus en 2006, dont 25% permettant la lecture ou le téléchargement de musique. La proportion devrait être bien supérieure sur 2007 et l’arrivée attendue de l’iPhone sera un accélérateur » selon Jean-Marc Tassetto, directeur général de SFR. Au Japon, 30% des téléphones mobiles permettent déjà de recevoir la télévision.

Du coup, les appels à réguler les étapes de mutation offrent tout au plus des moyens provisoires à portée limitée, en attendant que les entreprises ne parviennent à inventer de nouveaux modèles à la fois rentables et favorables aux créateurs. Roland Sandberg, DG du Swedish Music Information Center / Bureau Export Suédois créé en 1993, considère que l’instauration de quotas (comme sur les radios françaises) est un frein à l’échange avec les autres cultures et à la diversité, sauf si l’on imagine éventuellement des quotas non plus nationaux mais européens. Il prône la coopération entre les différents bureaux export en Europe, la stimulation du dialogue interculturel, et la création de nouveaux systèmes de subventions pour la culture afin de soutenir la diversité et l’accroissement des échanges culturels.

Pour sa part, Patrick Zelnik, président de Naïve et de l'association Impala se réjouit de voir la Convention sur la diversité culturelle « placer la culture au-dessus de l’économie ». Il estime qu’il faut réguler la concentration qui tue la diversité et équilibrer le marché entre majors et indépendants pour garantir la diversité des répertoires et l’accès au marché. A la conception française qui est de défendre la spécificité des produits culturels, il préfère celle, « plus libérale », d’Impala qui s’intéresse d’abord à la création et au développement des PME culturelles (Impala en rassemble 3 500). « Il n’y a pas de diversité sans pluralisme. Le pluralisme implique la multitude des acteurs, au niveau de la production, de la diffusion et de la distribution. Nous avons demandé à la Commission européenne et au gouvernement de créer un environnement favorable aux entreprises. On aide toujours les leaders mais rien n’empêche d’encourager un tissu de petites entreprises. L’artisanat culturel est une solution à la crise et apporte la diversité, il faut mettre en Å“uvre de petits projets. »

Hervé Rony le directeur général du SNEP, souligne de son côté la multiplication des moyens, réels ou potentiels, de diffuser la musique, et la multitude d’initiatives de toutes sortes qui en découlent mais avec des incertitudes. Comment valoriser un contenu en compétition avec un modèle gratuit ? « Nous sommes aujourd’hui dans une phase de tests, avec un contexte de concurrence faussée par l’offre illicite, qui complique toute tentative de mettre en place l’offre légale ».

Stéphane Bourdoiseau, patron de Wagram, émet des doutes sur la viabilité économique des modèles du type proposé récemment par Neuf Cegetel de ce type et estime qu’un pourcentage sur les abonnements ne peut pas rémunérer l’ensemble des ayants droit. Il estime que les acteurs de la musique doivent réviser leur mode d’exploitation, passer d’une activité mono-revenus à un modèle multi-revenus, et pratiquer l’intégration verticale en ayant recours à des contrats à 360° (les fameux « contrats 360 », le concept « tendance » de cette rentrée) englobant tous les revenus autour de l’artiste : musique enregistrée, scène, édition, numérique, merchandising…

Pour Frédéric Bouilleux, directeur des affaires linguistiques et culturelles à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), « on ne peut plus se contenter de la subvention. Il faut organiser un rapport plus constructif entre les secteurs public et privé. Les pouvoirs publics doivent soutenir la filière mais il est aussi fondamental que, grâce à d’autres entreprises, l’industrie musicale puisse participer à la diversité culturelle ».

Ces observations sont tirées du compte rendu du colloque Musique & Diversité organisé par le Bureau Export de la Musique française au Centre Pompidou le 4 septembre 2007 qui a permis d’aborder de nombreux aspects de la problématique du pluralisme culturel. Jean-François Michel, directeur de ce Bureau, a conclu que « cette journée a permis de montrer l’état de crise dans laquelle se trouve aujourd’hui la filière musicale et la nécessité d’une régulation, mais aussi le potentiel des nouveaux modèles car la filière se met aussi en « Ã©tat de créativité ». Il faut l’accompagner dans cette étape. On a bien vu les enjeux de la diversité et l’importance de l’industrie musicale pour défendre et promouvoir cette diversité. Une politique doit être mise en place à l’échelle européenne.

Il n’y a donc aucune formule magique en vue : tous les acteurs dont dans une période de remises en cause et d’expérimentations dont les acteurs privés sont les protagonistes eux-mêmes soumis à une compétition très rude pour assurer leur avenir.

Fait intéressant à noter : dans ces réflexions menées à Paris par des responsables français, la Francophonie ne semble considérée par aucun intervenant comme un marché important et un acteur crédible.

http://www.french-music.org/Publish/document/309/Cpte%20rendu%20longMusique&Diversite.doc

vendredi 12 octobre 2007

Maîtriser la mondialisation : origine et portée du concept

Le concept de « mondialisation maîtrisée » a été introduit en 1999 par Pascal Lamy qui proposait que des règles soient écrites et suivies, que la juridiction des organisations internationales soit étendue, et que les pouvoirs de ces mêmes organisations soient augmentés. Le fait de réécrire les règles, de codifier les normes et de donner plus de pouvoirs aux organisations internationales a étendu l’emprise de la mondialisation. Paradoxalement, en permettant aux organisations internationales de maîtriser la mondialisation au lieu de la libérer et de la débrider, on a contribué à forger un monde plus libéral et plus mondialisé.

"En pratique, la mondialisation maîtrisée a été tout sauf asphyxiante. Certes, les règles globales ont été codifiées et les institutions ont vu leurs pouvoirs renforcés. Mais le contenu de ces règles a été libéral, et les organisations ont utilisé leurs pouvoirs ainsi renforcés pour encourager la libéralisation des marchés de biens, de services et de capitaux."

Dans le billet Mondialisation : la French Touch publié par l’Agence intellectuelle Telos le 12 0ctobre 2007, Rawi Abdelal et Sophie Meunier évoquent le rôle joué par des Français à cet égard.

RAWI ABDELAL & SOPHIE MEUNIER

Le 28 septembre, Dominique Strauss-Kahn est devenu le nouveau directeur général du Fonds monétaire international. Il suit ainsi les traces de ses compatriotes Pierre-Paul Schweitzer (1963-1973), Jacques de Larosière (1979-1987) et Michel Camdessus (1987-2000). Ce sont en effet des Français qui ont régné sur le Fonds pour plus de la moitié de son existence. Mais cette touche française sur les organisations économiques internationales les plus puissantes ne s’arrête pas à la 19e rue de Washington – pour ne citer que Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce depuis 2005, et Jean-Claude Trichet, à la tête de la Banque centrale européenne depuis 2003. Lire la suite

jeudi 11 octobre 2007

« Globalisation » à la française

Les innombrables écrits et discours sur la mondialisation prennent rarement le soin de définir les phénomènes dont ils traitent. La peur des uns et l’enthousiasme des autres tiennent-ils à des situations particulières ou reflètent-ils des perceptions différentes voire des approches dont l’idéologie n’est pas absente ? Anna Dimitrova présente de façon sommaire les résultats de ses travaux sur les conceptions anglo-saxonne (globalization) et française (mondialisation) qui peuvent expliquer du moins en partie les attitudes qui en découlent. Lire la note de Anna DIMITROVA »

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