LETTRE OUVERTE AUX RESPONSABLES DE L’EVALUATION SCIENTIFIQUE
http://petition.hermespublishing.com/
(Appel déjà signé par 3179 membres de la communauté scientifique et ouvert à signature)
Il est largement admis que la lingua franca de la recherche scientifique est aujourd'hui l’anglais. Pourtant, il existe au moins trois bonnes raisons de penser qu'il est indispensable que les scientifiques continuent d’écrire en français.
– Puisque la recherche repose essentiellement sur des financements publics, une considération élémentaire voudrait que les contribuables aient un accès en français à ce qu’ils ont soutenu par le biais de leurs impôts.
– La deuxième raison concerne l’enseignement. La production de livres de synthèse et de manuels en français est une tâche extrêmement honorable et même nécessaire pour compléter un enseignement dispensé en français. Comment faire aimer une discipline en n'offrant que des livres en anglais qui ne sont en général pas adaptés, ni au niveau, ni aux habitudes que nous avons de structurer nos enseignements ?
– La troisième raison relève de l'apprentissage. Il faut un grand entraînement pour pouvoir s’exprimer dans une autre langue que sa langue maternelle avec le même sens de la nuance, avec la même richesse. Quel meilleur moyen d’accéder à la pensée d’un auteur que de discuter avec lui dans sa propre langue?
La publication en français apparaît donc comme une nécessité. Pour que cette production continue, il est urgent de valoriser notre activité de recherche dans notre langue. En effet, les systèmes de référencement des publications (dont le principal est une filiale d’un éditeur privé) reconnaissent prioritairement les publications en anglais ! Soit notre système national valorise cette production, soit cette dernière disparaîtra.
Commentaire de Pierre Assouline sur son blog du journal Le Monde :'
Retour à la lingua franca de la recherche ?
Montrer que notre communauté scientifique française ou francophone a encore la capacité de penser par elle-même et qu’il ne faut pas rejeter, comme insignifiant, tout ce qui s’écrit en français. Cela ressemble à un combat d’arrière-garde. Et pourtant, lorsqu’on jette un œil à la qualité et au nombre des signataires de cette pétition adressée aux responsables de l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES), on se dit que tout n’est pas perdu.
On applaudit avant de mettre chapeau bas. Même si l’on demeure assez sceptique sur l’effet de la démarche tant l’usage international de l’anglais est désormais inscrit dans les publications et les colloques scientifiques, même lorsqu’ils se tiennent en France. Pour nombre de scientifiques, s’y refuser revient à s’en exclure. Alors n’est-il pas déjà trop tard ? Ni renoncement ni résignation. Juste une question : l’intérêt des chercheurs est-il encore compatible avec la défense du français ?