GOOGLE, GALLICA et FRANCOPHONIE
Par Jean TARDIF, jeudi 11 février 2010 à 13:47 :: Articles de presse :: #236 :: rss
Exploiter les possibilités du numérique
La technique exprime une époque. Internet en fournit aujourd'hui la démonstration éloquente.
On peut s'en inquiéter. Dénoncer les dérives qu'on peut trouver sur la Toile. Observer la féroce concurrence que se livrent les géants comme Microsoft, Google, Yahoo. On s'intéresse encore trop peu aux nouvelles formes de socialisation que constituent des réseaux comme FACEBOOK et de ses incidences sur le comportement des jeunes générations, leur rapport à l'entourage immédiat, à l'écrit...
Mais il faut sans doute surtout s'intéresser aux possibilités inédites qu'offre la technologie numérique pour les exploiter au lieu d'en subir les effets potentiellement négatifs.
Une telle mutation ne peut manquer de susciter des résistances face aux bouleversements qui en découlent. En abordant sous l'angle du piratage la question de la diffusion de la musique en ligne, on a souvent invoqué la spoliation dont étaient victimes les auteurs et les interprètes en étant beaucoup moins prolixes sur le modèle économique mis en place par les Majors qui ont retiré des bénéfices considérables d'un système qu'ils pouvaient contrôler.
De ce point de vue, le rapport présenté par la Commission présidée par P. Zelnik, le PDG de la maison de disques Naive, a une nouvelle fois mis en évidence les pratiques des Majors qui exigent des avances d'un montant souvent prohibitif des entreprises désireuses de diffuser les oeuvres musicales de leur catalogue en utilisant de nouvelles modalités adaptées à Internet. La proposition d'une plateforme commune est avancée comme une réponse partielle à ce problème qui empêche en pratique les petits entrepreneurs de développer leurs projets. Mais le rapport se cantonne dans une perspective française, sauf à réclamer des mesures régulatrices qui peuvent être adoptées par la Commission européenne. Il ne comporte aucune proposition favorisant l'émergence d'un marché culturel francophone qui devrait pourtant constituer une aire naturelle d'échanges privilégiés.
Le rapport remis au début janvier 2010 par M. Tessier sur la numérisation du patrimoine culturel, et notamment du livre, vise évidemment à relever le défi que GOOGLE a lancé en numérisant un nombre impressionnant de livres, grâce à son accord avec plusieurs grandes bibliothèques. Ce qui est nouveau dans ses propositions, par rapport à la réaction initiée par J.-N. Jeanneney alors qu'il dirigeait la Bibliothèque nationale de France, c'est que M. Tessier ouvre la porte à une négociation avec Google. Même avec les ressources nouvelles du "Grand emprunt" consacrées à la numérisation du patrimoine culturel français, il semble évident que l'avance technique et stratégique acquise par Google peut difficilement être rattrapée.
L'avenir des publications en français passe par leur présence et leur référencement sur la Toile. Il faut donc espérer que l'action qui sera entreprise par la France à ce sujet sera ouverte à une collaboration avec les autres pays qui utilisent la langue française pour conjuguer les ressources et les projets.
À cet égard, Jacques Dufresne, le responsable d'un projet d'Encyclopédie de la Francophonie qui compte déjà sur des réalisations prometteuses, vient de relancer le projet d'une collaboration qui, avec des moyens relativement modestes, permettrait de lui donner un essor qui en ferait un instrument crédible et performant. On lira avec intérêt le billet La francophonie contre Google : le raisonnement contre la machine,|http://agora.qc.ca/francophonie.nsf/Documents/Google--La_francophonie_contre_Google__le_jugement_contre_la_machine_par_Jacques_Dufresne|fr]qu'il publie dans la Lettre de l'Agora et dans lequel il fait état des résultats d'une recherche sur un même sujet qu'il a menée sur le site GALLICA et sur Google.
Pour ceux qui seraient intéressés à approfondir les enjeux du numérique pour la langue, Madame Jocelyn PIERRE a publié en février 2007 une excellente étude : La langue au coeur du numérique. Les enjeux culturels des technologies de la langue, qu'on peut consulter sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France : www.dglf.culture.gouv.fr















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