La Francophonie est née en Afrique, et l’Afrique constitue, depuis lors, pour une grande part, la raison d’être et d’agir de la Francophonie. En d’autres termes, une Francophonie sans l’Afrique, serait une Francophonie sans avenir.

C'est en ces termes que M. Abdou DIOUF s'est exprimé dans son intervention à l'ouverture du colloque organisé à l'Assemblée nationale française le 24 juin 2010.

Nombreux sont ceux qui soutiennent que l'avenir de la Francophonie est lié à l'évolution de la démographie africaine qui assurerait de façon en quelque sorte "naturelle" la multiplication des locuteurs du français. Encore faudrait-il que les Africains continuent à apprendre le français parce qu'ils y trouveront une langue utile dans les principaux secteurs de leur activité. Or, certaines enquêtes récentes montrent qu'au Sénégal par exemple, pays pionnier de la Francophonie, seulement 20% de la population serait en mesure de comprendre et d'utiliser couramment le français.

L'une des raisons qui poussent à l'apprentissage du français est liée à la mobilité internationale que plusieurs pays développés tentent de limiter par des mesures qui s'appliquent même aux artistes et aux étudiants.

Le développement de la francophonie réelle en Afrique est également lié à l'utilisation du français dans les secteurs sensibles de la communication, de la culture et de l'enseignement supérieur et de la recherche. Pourquoi les Africains comme les autres personnes dont le français n'est pas la langue maternelle, continueraient-ils à vouloir apprendre le français si, lorsque viennent les "choses sérieuses", ils doivent passer à l'anglais ? Il serait temps de réaliser que l'évolution des pratiques françaises qui militent pour l'enseignement EN ANGLAIS dans certaines grandes écoles comme HEC et certaines facultés d'administration, et qui semblent admettre que les publications scientifiques importantes doivent se faire en anglais, finiront par constituer un handicap sérieux pour l'avenir du français comme langue internationale. Sans parler du fait que sur l'écran qui constitue le moyen le plus utilisé par les jeunes partout dans le monde, ce sont les musiques et les images d'Hollywood et de Bollywood qui sont les plus populaires et réduisent souvent à une portion marginale les expressions culturelles en langue française.

Ces constats difficilement contestables mettent en relief les propos d'Abdou DIOUF :

La langue française, qui fut au commencement du projet francophone, et qui fonde la légitimité de notre communauté. Le français est susceptible de voir tripler son nombre de locuteurs dans les quarante prochaines années, grâce à l’évolution démographique de l’Afrique et aux progrès de la scolarisation. Je suis le premier à m’en réjouir.

Mais entendons-nous bien ! Nous sommes là dans l’ordre des projections et donc du virtuel. Pour que cette statistique se réalise, faut-il encore que les jeunes Africains continuent d’apprendre le français et qu’ils en éprouvent l’utilité. Il nous faut faire preuve de vigilance et de volontarisme.

Il faut que chacun assume, en ce domaine, sa part de responsabilité.

C'est dans la vie concrète et dans les secteurs d'activité importants que cette responsabilité doit s'exercer de façon constante si l'on veut assurer l'avenir du français comme langue internationale. Là est la clé, bien davantage que dans l'idée d'une Convention internationale sur la diversité culturelle et linguistique dont la portée pratique serait bien loin d'être assurée et qui pourrait servir à masquer des reculs malheureusement trop réels entraînés par l'attitude défensive ou résignée des parlants-français face à l'avancée de l'anglais.