On s'interroge souvent sur l'influence des médias. De savantes études permettent d'en analyser les divers aspects.

Certains faits sont très révélateurs.

Un article de la journaliste Isabelle Porter publié dans le quotidien montréalais Le Devoir le 8 juillet 2010 analyse la programmation d'une grande manifestation annuelle qui se tient dans la ville de Québec.

Dans sa programmation de 2010, "le Festival d'été de Québec présente peu d'artistes francophones pour la simple et bonne raison que les groupes français et québécois sont de plus en plus nombreux à choisir l'anglais".

"Sur la poignée d'artistes français invités cette année, trois chantent en anglais."

"Cette tendance est encore plus manifeste du côté de la programmation québécoise : en excluant la musique instrumentale, le volet anglophone compte pour environ la moitié du contenu québécois présenté au Festival".

"Est-ce la mort de la chanson d'expression française ? Pas nécessairement, suivant la responsable de la programmation du Festival. Mais que ce soit au Québec ou en France, les jeunes, peu importe le style musical choisi, chantent en anglais".

Elle ajoute cette question en forme de défi : "je vous offre 100 dollars si vous trouvez un artiste francophone qui pourrait remplir la grande scène des Plaines. Il n'y en a pas beaucoup". Sur les onze têtes d'affiche des Plaines cette année, trois seulement chanteront en français". Ceci se passe dans la ville francophone de Québec, pas à Montréal, Toronto ou Vancouver !

Ce qui conduit Claude Michaud, un artiste québécois de la chanson, à réagir en ces termes : "Peut-être qu'après tout, la bataille pour le fait français en Amérique ne vaut pas la peine d'être livrée".

Quand on connait l'influence de la chanson chez les jeunes et sa capacité à façonner leur imaginaire, on peut se demander si, même en France et au Québec, la francophonie présente encore une capacité d'attraction qui incite à y puiser des éléments identitaires.

Si tel est le cas, après la science et la communication en français, ce n'est plus seulement sur l'avenir de la chanson d'expression française qu'il faut s'interroger, mais bien sur celui de la francophonie réelle et sur la capacité du français de continuer à jouer un rôle utile comme langue DES cultures et comme langue d'échanges culturels.

Dans cette perspective, la question du développement d'un espace médiatique francophone devient de plus en plus cruciale, au moins autant que celle de l'enseignement du français. Où trouve-t-on aujourd'hui à ce sujet les raisons d'espérer ?