Méditerranée / Première Conférence sur les politiques culturelles dans le monde arabe

Catherine Cornet a rédigé un compte-rendu de cette conférence, publié par Babelmed.

http://www.babelmed.net/Pais/M%C3%A9diterran%C3%A9e/premi%EF%BF%BDre_conf%EF%BF%BDrence.php?c=5794&m=34&l=fr

EXTRAITS :

La conférence, première du genre, s’est tenue les 7 et 8 juin 2010 à Beyrouth: c’est le résultat d’une initiative régionale centrée sur l’étude des politiques culturelles dans le monde arabe et lancée en mars 2009 par Al Mawred Al Thaqafy en collaboration avec la Fondation européenne de la culture, DOEN Foundation et le British Council.

L’idée sous-jacente de cette initiative est de construire une base de données sur la coopération culturelle, ainsi que de proposer des mécanismes qui revitalisent l’action culturelle dans le monde arabe.

La conférence, qui rassemblait universitaires, opérateurs culturels et représentants d’institutions de la culture, n’a pas évité les questions qui fâchent liées au contexte politique de la région.

Samar Dudin, directrice du Fakhween Open spaces, a questionné la relation entre la «culture indépendante» et «le discours central islamique» (Merkez Islamy), le discours islamique mainstream.

Hazzaa El Barary qui a noté l’importance du discours religieux dans le monde de la culture durant les différentes foires du livre auxquelles il a participé.

Ce constat n’a pas convaincu l’écrivain algérien Amine Zaoui, qui a demandé s’il était possible de trouver des intellectuels au sein de ce ‘discours central islamique, partant du principe qu’on ne peut pas parler de culture islamique ou chrétienne.

L’auteur de théâtre libanais Neeme Neeme a averti d’un piège dans lequel tombent trop souvent les acteurs culturels libanais en se substituant aux pouvoirs politiques: «nous, les acteurs indépendants luttons contre les islamistes alors que nos politiques nous regardent faire, tranquillement assis derrière nous…».

Une autre question fondamentale est liée à la source de l’autorité (Sulta): qui détient l’autorité pour parler des politiques culturelles aujourd’hui dans le monde arabe?

Watfa Hamadi chercheuse en politiques culturelles au Liban a insisté sur une autre condition préalable: «les politiques culturelles modernes font partie intégrante des droits humains» et ceux-ci trouvent pas mal d’obstacles dans la région.

Fatima Azzahrae Chaabani, du Maroc retient l’élément démocratique comme prioritaire: le cas marocain montre le besoin d’une lutte démocratique dans le champ culturel.

Nouveaux défis globaux pour les politiques culturelles

Robert Palmer, du Conseil de l’Europe, a introduit la session consacrée aux nouveaux défis pour les politiques culturelles en soulignant les enjeux auxquels celles-ci sont confrontées dans le contexte national et international (conditions préalables et conditions légales pour les décisions stratégiques en matières culturelles). Il a également insisté sur le fait que le concept même de politiques culturelles a changé depuis que les nouvelles technologies et les communautés Internet sont entrées dans le champ: «il ne fait aucun doute que la world musique a plus d’importance que toutes les politiques culturelles décidées par nos institutions».

Zeyneb Farhat a rappelé l’imperfection de la dénomination «monde arabe» qui ne reflète en rien la diversité culturelle de la région: «50 pour cent des maghrébins ne sont pas liés à la culture arabe mais plutôt au cultures amazigh ou berbère», a-t-elle précisé.

Le directeur du bureau Moyen-Orient de l’Open Society à Amman, Gregor Meiering a questionné le concept du contexte légal: la loi, par définition, interdit, encourage, régule et protège: «au Moyen Orient pourtant je ne vois que des lois qui interdisent mais je ne vois pas de lois qui facilitent la culture». Gouvernements et sociétés civiles devraient donc commencer par défendre la liberté individuelle et intellectuelle.

La troisième session touchait au «nerf de la guerre», c'est-à-dire le financement des politiques culturelles – du fond de développement à l’économie créatrice ou à l’entreprenariat culturel. Partant du système britannique, Sara Selwood et Shelagh Wright ont expliqué le principe de l’économie mixte, considéré comme le modèle à suivre dans le reste de l’Europe: «le gouvernement prouve qu’il est parfaitement conscient du fait que la culture est ce qui aide à comprendre le monde, mais on attend aussi des organisations culturelles qu’elles gagnent de l’argent».

Moukhtar Kocache n’hésite pas à se servir de l’oxymore pour évoqué le sujet tabou par excellence : si la bonne gouvernance est importante aux niveaux macro et microéconomique, «le gros éléphant dans la pièce dont personne ne parle c’est bien l’absence de gouvernements représentatifs de la région».

Comment travailler pour exiger des stratégies et des politiques culturelles adéquates dans des contextes politiques non démocratiques? Qui devrait avoir l’autorité pour le développement stratégique des politiques culturelles ? La première conférence sur les politiques culturelles dans le monde arabe a commencé son travail en posant les bonnes questions avec modestie : mais la route est encore longue.