1) Contribution de Madame Béatrice Comanescu
L'intervenante dresse un tableau du paysage médiatique roumain. Elle mentionne l'existence d'une vingtaine de chaines nationales et étrangères de télévision généralistes et de programmes de niche. En comparaison avec l'Europe de l'Ouest où les médias thématisent les problèmes sociaux et économiques, les médias roumains ont tendance à mettre l'accent sur la politique au quotidien. La production télévisuelle étrangère est pour une part non modeste d'origine américaine. Comme pour la télévision, la presse fait également l'objet d'investissements étrangers importants (exemple des journaux d'éditeurs suisses). L'intervenante décrit le contenu diffusé comme un mélange de " culture vulgarisée " ou divertissement et d'information. Elle souligne notamment le problème de l'importation de formats télévisisuels tels que " Big Brother " et leur adaptation au contexte local. Elle propose de reconquérir la francophonie, en particulier en augmentant les budgets dédiés à l'éducation et à la culture et de renforcer dans ce domaine les partenariats entre acteurs privés et publics avec pour but d'encourager les industries culturelles, en premier lieu les télévisions. Dans ce contexte, l'intervenante suggère de repenser le rôle de la télévision publique et de réinventer le rôle des télévisions francophones dans le respect de la directive Télévision sans frontière. Elle exprime sa crainte de voir la francophonie perdre du terrain. Elle s'est demandé dans quelle mesure la population déterminait les médias et dans quelle mesure les médias déterminaient la discussion politique au sein du " village planétaire " d'aujourd'hui. Elle plaide pour une promotion accrue de la diversité culturelle.
2) Contribution de Monsieur Alexandre Lévy
L'intervenant décrit l'approche du Courrier International par rapport à la Francophonie comme non-francophone. Il met en exergue l'indépendance de ce journal par rapport au gouvernement français. Il estime que ce journal est un acteur de la Francophonie malgré lui, notamment en cherchant à cerner comment la France est perçue par la presse étrangère. L'intervenant propose de thématiser l'influence du français dans le monde musulman et dans le contexte du fossé entre le Nord et le Sud. En outre, il propose d'encourager les échanges entre les pays d'Europe de l'Est pays au sein de la Francophonie.
3) Contribution de Monsieur Michel Cerdan
L'intervenant décrit la raison d'être de la chaîne TV5 notamment comme " réponse à la mondialisation ". Dans ce contexte, la France conditionne l'orientation de cette chaîne et représente en même temps un obstacle à la diffusion des contenus programmés. Il met en exergue la diffusion très large de TV5 et distingue entre la Francophonie comme format télévisuel à vocation généraliste basé sur langue d'une part et une chaîne internationale thématique d'autre part. Il qualifie la langue comme une réalité sur le marché et comme une définition de celui-ci, notamment dans le cadre de la diffusion de films d'origine francophone et de programmes favorisant l'apprentissage de la langue française. Finalement, l'intervenant annonce le développement du site internet lié à TV5 qui renforcera l'outil culturel que constitue cette chaîne.
4) Contribution de Monsieur Henry Ingberg
L'intervenant mentionne l'exemple de la communauté belge francophone pour décrire le rôle de TV5 en tant que chaîne d'Etat et fournisseur d'un service public servant d'instrument pour la coopération. Il souligne l'importance des éléments " fédéralistes " dans la composition de la grille de programmes de cette chaîne subventionnée par les pays du Nord auxquels incombe un devoir de solidarité, cela notamment dans le contexte de sa gestion impliquant les opérateurs du Sud. Dans ce contexte, il aborde le problème de la représentation des divers acteurs concernés et intérêts en cause. En réaction à cette intervention, le président, Monsieur Pierre-André Wiltzer, propose de réfléchir aux moyens d'établir un espace médiatique commun.
5) Contribution de Monsieur Bernard Cassen
L'intervenant cite Le Monde Diplomatique comme exemple de diversité culturelle vécue qui est fondée sur les auteurs provenant de diverses origines culturelles et nationales. Il souligne l'étendue de la diffusion de cette publication traduite dans de nombreuses langues. Il décrit les médias comme acteurs économiques et agents dans la conquête des esprits en mentionnant l'exemple de la dissémination de l'idéologie fondant le capitalisme anglo-saxon et de la " langue unique " anglaise. Il pose la question de savoir si la Francophonie existe effectivement, notamment en tant que microcosme d'une humanité d'essence laïque et, dans l'affirmative, si celle-ci a des contenus à exprimer. Il propose que la Francophonie élabore d'autres modèles politiques à opposer au modèle dominant et qu'elle agisse pour se faire mieux connaître. Dans ce contexte, le rôle des médias pourrait consister à faire connaître le rôle de la langue comme façon de penser. Il propose d'encourager l'intercompréhension entre les langues latines comme l'un des moyens de s'opposer à l' "hyperlangue" anglaise.
6) Contribution de Monsieur André de Margerie
L'intervenant décrit la chaîne ARTE non pas comme une chaîne francophone, mais franco-allemande qui se reconnaît dans l'idée de la diversité culturelle. Il estime que cette chaîne exprime une diversité culturelle véritable qui se traduit par une couverture thématique française, allemande, européenne et mondiale. Il souligne l'importance de la traduction et qualifie ARTE de lieu d'expression pour les auteurs français et francophones dans un esprit de partage d'espace et non de conquête de celui-ci. Il met en exergue la contribution d'ARTE à la diffusion des oeuvres en Europe et dans le nord de l'Afrique et l'attrait de ses programmes notamment pour les chaînes anglophones. Il propose concrètement d'étendre ce modèle à d'autres relations entre pays et cultures par la création de chaînes franco-turques, turco-italiennes etc. calquées sur l'approache bilatérale pratiquée par Arte. L'intervenant dénonce toutefois le risque concret de marginalisation de chaînes telles qu'Arte ou TV5 au sein du paysage médiatique par l'inaccessibilité croissante aux réseaux cablés dans certains territoires, en raison de la privatisation.
7) Contribution de Monsieur Dominique Gallet
L'intervenant considère la Francophonie comme une forme de communication et non de conquête des esprits. Il souligne la fracture informatique qui empêche la liberté des regards et le dialogue des peuples. Comme réponse positive, il évoque le magazine " Espace Francophone ", rendez-vous hebdomadaire ayant une grande diffusion auprès des Francophones. Il qualifie cet outil de " levier pour la communication " créant un réseau télévisuel, que la Francophonie devrait soutenir. Il propose le développement d'un site de télévision interactive comme nouvel instrument de dialogue entre les peuples.
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Troisième table ronde : La Francophonie, acteur géoculturel
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Rapport de synthèse, par Pierre-Jean BENGHOZI
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