Lors des rencontres de Barcelone, les discussions entre les participants du Forum permanent pour le pluralisme culturel avaient permis de tirer plusieurs leçons et constats. Ces derniers sont utiles pour pousser plus avant les réflexions du Forum et s'engager collectivement vers des propositions d'action.
Les premiers constats touchaient au caractère ancien de la mondialisation. La globalisation des échanges et les effets de domination économique de certains pays ne sont pas un phénomène radicalement nouveau. Ils s'expriment par contre d'une façon désormais nouvelle et entrainent, dans l'environnement actuel, des situations inédites. Les sociétés se caractérisent en effet aujourd'hui par un double mouvement : le poids qu'y occupent la création, le savoir et la connaissance, et l'omniprésence des dimensions économiques et marchandes qui s'imposent dans presque toutes les formes d'échanges.
Ce nouveau contexte explique que la mondialisation puisse apparaître autant comme un facteur d'espoir (par sa capacité d'ouvrir de nouveaux espaces de diffusion à la culture) que de désillusion (par les risques de domination des échanges et de standardisation des produits culturels). C'est sans doute la raison pour laquelle la culture - sous toutes ses formes - soit au centre des débats internationaux et un champ primordial de la bataille économique et politique. Ces enjeux sont particulièrement aigus car les limites de la mondialisation culturelle apparaissent de plus en plus nettement. Les capacités d'action des États-Nation - tout autant que celles des grandes institutions internationales - ne semblent pouvoir opposer que de fragiles remparts pour défendre la diversité et le pluralisme culturel. C'est moins souvent par absence d'affirmation politique que par difficulté d'édicter de nouveaux moyens et de doctrines d'action, d'outils, de définir des régimes adaptés de gouvernance.
Les difficultés rencontrées tiennent en grande partie au fait que des instruments d'intervention conçus dans un cadre international régi par les échanges interétatiques s'avèrent mal adaptés pour capter des mouvements de mondialisation beaucoup plus diffus, qui percolent dans toute les strates des sociétés.
L'exemple de la recherche montre, de ce point de vue, que les mouvements à l'œuvre s'avèrent complexes et peuvent sans doute anticiper les difficultés que rencontre aujourd'hui la création artistique. Dans beaucoup de domaines scientifiques, on observe par exemple une réduction de la diversité linguistique : l'anglais s'est progressivement comme lingua franca et support privilégié des échanges au nom des nécessités de la diffusion et de la reconnaissance internationale ; ce mouvement s'est traduit par une uniformisation des formes de recherche, au détriment des traditions nationales. Mais il a aussi permis un renforcement des partenariats et des projets conjoints à partir de perspectives différenciées ancrées dans des cultures nationales spécifiques qui s'enrichissent les unes les autres.
Dans la perspective de développement de la réflexion du Forum, il est donc essentiel de bien prendre en compte le fait que la défense de la diversité culturelle n'est pas tant un problème de défense des capacités de création qu'une question d'ouverture des canaux de diffusion.
La mondialisation favorise en effet la concentration des œuvres par l'homogénéisation induite par des infrastructures de distribution de plus en plus concentrées. Cette concentration tient en partie au poids des technologies qui, paradoxalement, permet une plus grande capacité d'ouverture au marché (cf. les facilités d'accès et d'échanges sur internet) mais nécessite en même temps des investissements très importants appelant une forte concentration économique des opérateurs et des diffuseurs. De telles dynamiques conduisent les acteurs de la distribution à occuper une place prépondérante dans les chaînes de valeur de la culture, au détriment des acteurs de la production et de la création. La multiplication considérable des œuvres disponibles (notamment sur internet) entraîne, en outre, des formes paradoxales d'anonymisation et de substituabilité des créateurs ; dans de nombreux cas, la marque des diffuseurs s'avère dès lors plus importante que l'identité et la singularité des auteurs. On assiste dans le même temps à une focalisation grandissante du public sur un nombre d'œuvres toujours plus restreint : le succès entraîne le succès et la logique desbest-sellers s'impose désormais dans tous les secteurs de la culture.
Face à de telles évolutions, les pouvoirs publics ont du mal à appréhender un cadre de régulation ou d'action publique différencié, distinguant les enjeux des best sellers et ceux des œuvres dont la diffusion a vocation à être plus restreinte et sur des canaux différents.
Cela supposerait, par exemple, de valoriser davantage la structuration de communautés d'échanges et de communautés culturelles plutôt que de chercher à limiter leurs échanges au nom de la protection de la propriété intellectuelle et de la lutte contre la piraterie.
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Deuxième table ronde : La Francophonie de l'information et des médias
Bernard CASSEN -
Michel CERDAN -
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Christophe GERMANN : Compte-rendu
Troisième table ronde : La Francophonie, acteur géoculturel
Claude FISCHER -
Christophe GERMANN -
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Abdoulaye E. KANE -
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Pierre-André WILTZER
Rapport de synthèse, par Pierre-Jean BENGHOZI