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LA FRANCOPHONIE: L'UNE DES REPONSES A LA MONDIALISATION CULTURELLE?  

 La francophonie des arts et de la création

Bucarest - 23 septembre 2006

Contribution de Dora BOUCHOUCHA

Est-il possible de s'entendre quand on se méconnaît ?

Quant le postulat de base, qui est la connaissance de l'autre ou la conscience de l'autre est quasi absent ?

Ne faudrait-il pas élargir le cercle le plus possible et dépasser les élites, qui jusque là étaient acquises ?

Les nouvelles élites du Maghreb et d'Afrique subsaharienne sont de moins en moins francophones et francophiles, et paradoxalement se dirigent plus volontiers vers l'Amérique et l'Angleterre. En effet, les barrières de plus en plus infranchissables que dressent les pays francophones du Nord favorisent ce nouveau tropisme vers les pays anglophones. Alors que ce n'est qu'à travers eux que la langue française et la culture francophone peuvent se développer sinon se maintenir. La langue française unifie socialement, notamment en Afrique. Elle permet la circulation des idées qui va de pair avec celle des artistes, des étudiants et des intellectuels. Elle en devient un vrai ciment sur le plan de l'unicité et quelque part aussi sur le plan culturel. Mais il ne faudrait pas qu'elle soit uniquement un levier de promotion. Il faudrait qu'elle devienne un levier de création, en rajoutant à la culture d'origine. Mais il est vrai aussi que beaucoup relient encore le terme " francophonie " à un passé colonial mal digéré. Il est vrai également que le contexte mondial actuel n'est pas tout à fait propice aux échanges sereins entre citoyens du Sud et citoyens du Nord, entre francophones du Sud et francophones du Nord.

La Francophonie se veut un espace " significatif, crédible et efficace " :

significatif : en effet puisque son objectif déclaré et atteint est de réunir les pays qui ont en commun la langue française ;

crédible : elle tente de l'être en apportant appui et soutien aux différents vecteurs de la communication : édition, cinéma, télévision et musique ;

efficace : c'est là que le bât blesse.

Les échanges existent bien sûr puisque la création est soutenue dans de nombreux pays mais le déséquilibre entre pays du Nord et pays du Sud existe toujours et risque d'aller en augmentant car le développement économique des uns et des autres se fait à un rythme différent et le fossé n'est pas près d'être comblé.

Les francophones du Nord à savoir les Français, les Belges, les Suisses et les Canadiens ont la possibilité de lire des romans, de voir des films ou des émissions, d'écouter de la musique venue du Sud, mais qu'en est-il des gens du Sud ?

La culture francophone qui peut s'épanouir et s'exporter n'est accessible qu'au monde occidental ; pour les pays du Sud cet accès est un privilège, réservé aux élites.

Les salles de cinéma n'existent pas ou ont disparu dans la plupart des pays africains et maghrébins, les télévisions ne diffusent pas de programmes les unes des autres, quant au livre, il reste un luxe inaccessible pour la plupart des gens. Seule la musique, grâce au piratage florissant un peu partout dans le monde francophone, offre une possibilité de transmission et de vulgarisation.

Le poids de l'économie et le faible taux d'alphabétisation en Afrique subsaharienne freinent la diffusion de la culture francophone.

Dans le Maghreb, le problème est différent mais bien réel. La jeunesse actuelle est alphabétisée dans des proportions importantes, mais la place du français recule inexorablement. Les politiques éducatives ont remis à l'honneur la langue arabe et relégué le français à une place subalterne.

Les gouvernements francophones ne semblent pas avoir pris la juste mesure de ce recul de la langue et de la culture francophone. Comme la France, la Belgique et la Suisse élèvent sans cesse des barrières à l'entrée des étudiants maghrébins, seul le Canada reçoit un nombre de plus en plus important d'étudiants des 3 pays du Maghreb séduits à la fois par la francophonie et le mode de fonctionnement nord-américain.

Peut-être y-a-t-il là une action à entreprendre de la part de l'OIF, à savoir encourager la diffusion du français dans les écoles, faire en sorte que TV5 soit plus accessible dans le Maghreb, encourager la diffusion d'œuvres littéraires francophones à prix modérés, etc…

A l'instar des organisations internationales, l'Organisation Internationale Francophonie a bâti une administration lourde, coûteuse et qui engloutit des fonds qui seraient plus utiles s'ils étaient consacrés à la formation, à la création et la diffusion d'œuvres francophones à destination des plus pauvres.

La révolution numérique qui touche la planète entière est un atout pour pénétrer au cœur des régions les plus défavorisés. Le numérique permet de créer des images à moindre coût et l'effort doit porter sur la propagation et la diffusion de ces images.

Le monde francophone occidental doit faire preuve de solidarité et faire en sorte que les pays qui constituent ce grand ensemble en connaissent les différentes cultures, c'est à lui d'agir pour la vulgarisation et le dialogue intercommunautaire.

Ce qui nous est offert pour le moment c'est plutôt la culture des pays riches mis à la disposition des autres francophones. Pourquoi ne pas imaginer une interaction réelle et efficace entre tous les tenants de la francophonie.

En débattre sur le FORUM »


» Lire les autres contributions :

Première table ronde : La Francophonie des arts et de la création

Pierre-Jean BENGHOZI - Dora BOUCHOUCHA - Dan BURLAC - Joëlle FARCHY - Luc JABON - Jean-Pierre LANG - Nicole OTTO - Bernard MIYET - Philippe OLIVIER - Céline THONGSAVATH
Nicole OTTO : Compte-rendu

Deuxième table ronde : La Francophonie de l'information et des médias

Bernard CASSEN - Michel CERDAN - Béatrice COMANESCU - Dominique GALLET - Henry INGBERG - Alexandre LÉVY - André de MARGERIE - Yvon THIEC
Christophe GERMANN : Compte-rendu

Troisième table ronde : La Francophonie, acteur géoculturel

Claude FISCHER - Christophe GERMANN - Ahmet INSEL - Abdoulaye E. KANE - Jean MUSITELLI - Joseph PARÉ - Jean TARDIF - Maria Alvès TROVOADA - Pierre-André WILTZER

Rapport de synthèse, par Pierre-Jean BENGHOZI


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