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LA FRANCOPHONIE: L'UNE DES REPONSES A LA MONDIALISATION CULTURELLE?  

 La Francophonie comme acteur géoculturel

Bucarest- 23 septembre 2006

Contribution de Abdoulaye Elimane KANE, Université Cheikh Anta Diop, DAKAR

"Vivre ensemble avec nos différences" : cette proposition peut être regardée comme l'expression de ce que les grecs désignaient du terme politiké. A la fois "Commun vouloir de vie commune", pour reprendre une formule chère à Léopold Sédar Senghor ; et prise en charge de la diversité et du pluralisme dans l'unité. Conception qui habilite la politique à être une voie salutaire de conciliation entre l'unité et la diversité.

Se demander si la francophonie peut constituer et/ou constitue l'une des réponses à la mondialisation culturelle, c'est la soumettre à la question du "commun vouloir" et du "Commun pouvoir vivre ensemble comme francophones".

Dans le monde il n'y a pas que des francophones, mais il y a des francophones.

Qu'il y ait des francophones ne suffit donc pas pour constituer, faire exister et prospérer un "commun vouloir vivre ensemble comme francophones".

D'où la question que l'argument de ce colloque véhicule en filigrane : que voulons-nous et que pouvons-nous faire ensemble comme francophones ? "

Comme Institution née de la volonté politique des Etats membres d'un vaste espace géographique et pluri culturel, la francophonie peut revendiquer à bon droit l'ambition de concourir à donner à la mondialisation culturelle, le visage qu'elle n'a pas encore et sans lequel la civilisation de l'Universel ne peut advenir.

Sous ce rapport, il est possible d'avancer que le pluralisme culturel est le projet politique qui convient à la civilisation de l'Universel, politique étant entendu ici au sens du " commun vouloir vivre ensemble avec nos différences ".

L'expérience de la francophonie dans maints domaines de coopération prouve que cette vision est partagée et que la viabilité de cette entreprise est à ce prix : médias (TV5, ARTE, Courriel) ; diversité des espaces (espace européen, américain, africain) ; langues, traduction ; éditions, etc., éducation etc., tout cela atteste de la réalité et de l'intérêt de la francophonie par rapport à la mondialisation culturelle.

Qu'est-il possible de faire pour confirmer cette orientation, l'élargir, et faire en sorte que la francophonie soit un des moteurs de la promotion du pluralisme culturel dont la mondialisation a besoin ?

Je formule ici deux directions de recherche et de réflexion :

1. La première est relative au rôle de la francophonie comme acteur géopolitique potentiel dont l'originalité réside dans sa mission d'acteur géoculturel.

  • La francophonie fait de plus en plus entendre sa voix sur les questions politiques qui secouent le monde, notamment dans l'espace francophone ;
  • La démocratie est à la fois une exigence de plus en plus affirmée dans le monde, et en même temps elle est souvent piétinée, défigurée, manipulée.
  • Une question se pose de nos jours : la forme la plus avancée de la démocratie, la démocratie représentative, tout en étant une référence de qualité n'a-t-elle pas atteint ses limites ?
  • Et cette limite ne vient-elle pas de ce que la prise en compte du pluralisme culturel y est absente ou insuffisante ? D'où la question de savoir si la francophonie ne devrait pas jouer un rôle dans la réactualisation du débat : " démocratie majoritaire et démocratie consensuelle " à la lumière de l'histoire et de l'expérience des différentes cultures qui constituent l'espace francophone ? La place et le rôle de la culture dans la décentralisation et la régionalisation, la prise en compte de recommandations comme la Déclaration d'ARUSHA (1992) sur la participation des populations au développement et à la transformation de l'Afrique traduisent cette vision d'une démocratie plus enracinée dans le pluralisme culturel.

    2. Deuxième proposition : L'éducation au pluralisme culturel

    Pour faire du pluralisme culturel une réalité à l'échelle locale comme à l'échelle globale, il faut commencer par en faire quelque Chose de Désirable. Si le pluralisme culturel n'apparaît pas aux individus et aux groupes comme une valeur éminente, il pourra difficilement s'inscrire dans les habitudes et les projets politiques.

    Voilà pourquoi l'éducation au pluralisme culturel doit constituer un volet important du projet lui-même.

    Et cette éducation au pluralisme pourrait entre autres piliers, reposer sur les deux points suivants :

    a) Formation /information /prise de conscience des risques que recèle l'oubli de ce volet important de la mondialisation culturelle : la menace de " choc des civilisation " par exemple ne doit être ni exagérée ni minimisée, mais présentée seulement sous son vrai jour ; mais il y a aussi toutes les autres formes d'aggravation de l'incompréhension et du repli identitaire.

    Dans ce chapitre, je mettrai particulièrement en exergue, l'importance d'une éducation / formation sur la réalité et les illusions de certaines identités culturelles, comme par exemple la conception qu'en Afrique l'on peut avoir de la tradition, perçue à tort comme élément résiduel, irréductible, immémorial et spécifique à un groupe.

    De même, dans l'autre sens dans l'histoire des idées et dans l'histoire de l'Europe, il doit être possible de faire un travail similaire.

    b) L'éducation au pluralisme culturel doit s'appuyer également sur l'analyse de " modèles " de savoir-vivre et de savoir-faire ensemble.

    Modèle ne signifie pas ici idéal ou horizon indépassable, mais exemple incitatif avec ses avantages et ses limites.

  • L'exemple de sociétés pluri ethniques comme certaines qui se rencontrent en Afrique et qui cultivent le principe de la " parenté plaisante " peut être pris comme " modèle " de vouloir-vivre ensemble dans la paix, grâce à ce système de correspondance entre patronymes, ethnies, villages, contrées qui bannissent la violence entre partenaires équivalents de ces binômes.
  • Pour une culture de la paix et de la solidarité, ce système est une forme vivante et concrète de l'altérité vécue, acceptée.

    Même si, par la faute des élites qui les manipulent à des fins d'ambitions personnelles, il arrive qu'il s'estompe, ce système véhicule des éléments importants d'une éducation à la diversité et au pluralisme culturel.

  • Le principe de l'accommodement raisonnable, accepté par l'Etat Fédéral du Canada et pratiqué selon des modalités déterminées peut être aussi considéré comme un " modèle " au sens défini plus haut. Son domaine d'application vise à rendre possible la coexistence de traits et de valeurs culturelles et religieuses diverses dans un espace national intégré.
  • c) Cette éducation au pluralisme pour être effective et efficiente doit s'appuyer sur des curriculae mais être aussi précédée et accompagnée par une recherche appropriés à travers les sciences sociales et humaines, dans les universités et établissements susceptibles de donner un visage concret à ce projet. Elle doit aussi promouvoir et encourager la créativité et la représentation artistique portant sur la culture et la paix et du dialogue entre les cultures.

    » Lire les autres contributions :

    Première table ronde : La Francophonie des arts et de la création

    Pierre-Jean BENGHOZI - Dora BOUCHOUCHA - Dan BURLAC - Joëlle FARCHY - Luc JABON - Jean-Pierre LANG - Nicole OTTO - Bernard MIYET - Philippe OLIVIER - Céline THONGSAVATH
    Nicole OTTO : Compte-rendu

    Deuxième table ronde : La Francophonie de l'information et des médias

    Bernard CASSEN - Michel CERDAN - Béatrice COMANESCU - Dominique GALLET - Henry INGBERG - Alexandre LÉVY - André de MARGERIE - Yvon THIEC
    Christophe GERMANN : Compte-rendu

    Troisième table ronde : La Francophonie, acteur géoculturel

    Claude FISCHER - Christophe GERMANN - Ahmet INSEL - Abdoulaye E. KANE - Jean MUSITELLI - Joseph PARÉ - Jean TARDIF - Maria Alvès TROVOADA - Pierre-André WILTZER

    Rapport de synthèse, par Pierre-Jean BENGHOZI


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