"De quoi parlons-nous? Quelle image ai-je, moi qui ai été créateur de spectacles pendant 14 ans, puis directeur d'instituts français à l'étranger 14 autres années, créateur et directeur notamment en territoires francophones, - quelle image ai-je de la création et des arts francophones? Aucune.
Je peux analyser la danse contemporaine, les arts plastiques, la littérature, le cinéma européens : les écoles, les courants, les ruptures, les tendances - j'ai une image de la création européenne. Je ne puis a contrario me faire aucune image de la création francophone. Embarrassée, confuse, j'ai donc interrogé divers professionnels (les conseillers artistiques et littéraires des Ambassades, Ministères, media, directeurs ou responsables des droits étrangers des maisons d'édition, les agences artistiques, littéraires - dont celles spécialisées dans la littérature francophone- , les festivals idoines - y compris francofffonies et folies), ils n'en avaient au vrai aucune image non plus. Inquiète, troublée, défaite, j'ai surfé sur le Net, Google.fr et Google.com, Wikipedia.org., en français, en anglais, toujours rien. Bien entendu vous trouvez toutes les données concernant la francophonie politique - avec éventuellement des liens renvoyant à la langue et la littérature francophone, mais absolument rien concernant la musique, les arts plastiques, le cinéma francophones, rien...Ni banques de données, ni site(s) - fût-il quelque infime appendice de celui de l'Organisation Internationale de la Francophonie, ni fiches descriptives (fussent-elles squelettiques) de l'histoire et des traits culturels des 63 pays francophones, ni même quelque ouvrage (fût-il le plus abscons, le plus ingénu), ni même un article quant à une (ou des) esthétique(s) francophones, rien... La francophonie des arts et de la création est un néant, une terra incognita - en termes de communication. Très louablement, en France, le festival des francofffonies vient de dresser le premier bref " portrait culturel des états et gouvernements de la francophonie ", portrait institutionnel - puisque réalisé via et par les ambassades françaises concernées, et fort embryonnaire (pour l'exemple citons l'Egypte, représentée par 4 artistes : Nabil Boutros, Youssef Chahine, Oum Kalsoum, Naguib Mahfouz ), mais qui a le mérite d'exister : cet arbre à palabres devrait être précieusement conservé, cultivé et visité.
Je propose donc qu'en première instance un état des lieux soit esquissé: que dans chaque pays un philosophe et un critique d'art, ou un écrivain et un musicien, ou un historien et un chorégraphe, un sociologue et un plasticien ...- disons un couple d'esprits de deux disciplines différentes - élaborent un bref historique de la création des 20 dernières années et en présentent au moins deux générations (dont celle dite émergente); que ces données soient centralisées : à l'O.I.F., au CIEF [Conseil International d'Etudes Francophones], à PlanetAgora, sur l'arbre à palabres des francofffonies ou ailleurs, mais centralisées.
Pourquoi ne pas créer d'ailleurs et par ailleurs un site uniquement consacré à la francophonie (en général), qui regrouperait toutes les données disponibles - y compris la terra incognita de la création -- qu'exploreraient nos 126 pionniers artistiques -- ouvrant la voie à tous talents et hommes de bonne volonté... Si vous regardez comment est né et fonctionne le site Wikipédia [ soit une fondation créée en 2003, employant à ce jour 5 salariés], l'exceptionnel rayonnement et l'extravagante puissance de cet outil, on pourrait tout aussi bien imaginer ce type de fondation pour un site indépendant "francophonie" - qu'on l'appelle Onésime (quelque peu rebutant, peut-être?) ou Sengor (sans h), - oui, Sengor. Ce site permettrait de regrouper et enrichir toutes les données, aujourd'hui disséminées sinon dissimulées en divers sites, mettre également en ligne Le monde francophone - ce répertoire de la littérature francophone que le Ministère français des Affaires Etrangères vient d'éditer (uniquement sur papier), tout comme les archives immédiatement disponibles des festivals (telles celles des Francophonies en Limousin ou de l'A.C.P.), recenser les innombrables coproductions et échanges des agences artistiques et littéraires de l'espace francophone, diffuser ces informations en réseaux. L'information sur la réalité et la richesse de cette création permettrait d'appréhender les défis et besoins artistiques, par conséquent les priorités politiques tout autant que les nécessités économiques, mais aussi de susciter des coproductions et codiffusions par affinités électives. Alimenter la soif et la joie du partage de la création.
De la même façon la francophonie ne dispose pas, pour notre plus grande contrition, en terme de medium, de l'équivalent d'ARTE, ni même du Courrier International. Parlant de la France, quelques rares canaux télévisuels effeuillent au cœur le plus obscur de la nuit de faméliques magazines, que les professionnels confessent ne jamais regarder. Aucun périodique, aucun quotidien hexagonal ne consacre une chronique régulière à la francophonie. Mais hors l'autisme, nous souffrons également d'asthénie.
Hors l'information et la communication, qui nous font cruellement défaut, hors les outils qu'il nous faudrait inventer, il y a ces instruments déjà forgés par le génie humain, pour la plupart utilisés par le reste du monde, que nous devrions employer ou mieux employer. Je mentionnerai par exemple fort brièvement parmi les outils de promotion dédaignés, l'agent littéraire auquel, outre la tribu gauloise, une part du monde francophone oppose une résistance idéologique, le condamnant pour s'opposer au modèle anglo-saxon (fors la controverse du droit moral). La non-reconnaissance du statut de l'agent littéraire en France a notamment pour conséquence paradoxale que nos grands romanciers prennent des agents étrangers, tels Jonathan Littell un agent anglais, Jean-Christophe Ruffin un espagnol, ou Assia Djebar un suisse...
Parmi les outils délaissés ou mésusés, que n'utilisons-nous mieux Google et Wikipédia : pourquoi ne pas les investir intelligemment, ardemment ? (Quelle tristesse que de constater que pour la plupart des recherches effectuées en ces deux sites les liens, réponses, articles, définitions en anglais sont infiniment plus pertinentes qu'en français! Faites la comparaison, et vous parviendrez fort régulièrement à cette amère constatation.) Enfin pourquoi les francophones, plutôt que de s'acharner en vain à vouloir publier dans des revues anglaises ou américaines, courtisées et donc exiguës, pourquoi ne publient-ils pas des revues scientifiques en ligne en français? Pourquoi nous, francophones, n'utilisons-nous pas mieux et au mieux tous ces canaux, que nous devrions investir avec générosité et ferveur, pour la plus grande gloire du génie de nos langues?
» Lire les autres contributions :
Première table ronde : La Francophonie des arts et de la création
Pierre-Jean BENGHOZI -
Dora BOUCHOUCHA -
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Joëlle FARCHY -
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Jean-Pierre LANG -
Nicole OTTO -
Bernard MIYET -
Philippe OLIVIER -
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Deuxième table ronde : La Francophonie de l'information et des médias
Bernard CASSEN -
Michel CERDAN -
Béatrice COMANESCU -
Dominique GALLET -
Henry INGBERG -
Alexandre LÉVY -
André de MARGERIE -
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Christophe GERMANN : Compte-rendu
Troisième table ronde : La Francophonie, acteur géoculturel
Claude FISCHER -
Christophe GERMANN -
Ahmet INSEL -
Abdoulaye E. KANE -
Jean MUSITELLI -
Joseph PARÉ -
Jean TARDIF -
Maria Alvès TROVOADA -
Pierre-André WILTZER
Rapport de synthèse, par Pierre-Jean BENGHOZI