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En marge du Sommet de la Francophonie
Un débat du Forum permanent sur le pluralisme culturel
Institut culturel de Bucarest, le samedi 23 septembre 2006
La Francophonie : l'une des réponses à la mondialisation culturelle ?
Première table ronde : La Francophonie des arts et de la création
Pierre-Jean BENGHOZI -
Dora BOUCHOUCHA -
Dan BURLAC -
Joëlle FARCHY -
Luc JABON -
Jean-Pierre LANG -
Nicole OTTO -
Bernard MIYET -
Philippe OLIVIER -
Céline THONGSAVATH
Nicole OTTO : Compte-rendu
Deuxième table ronde : La Francophonie de l'information et des médias
Bernard CASSEN -
Michel CERDAN -
Béatrice COMANESCU -
Dominique GALLET -
Henry INGBERG -
Alexandre LÉVY -
André de MARGERIE -
Yvon THIEC
Christophe GERMANN : Compte-rendu
Troisième table ronde : La Francophonie, acteur géoculturel
Claude FISCHER -
Christophe GERMANN -
Ahmet INSEL -
Abdoulaye E. KANE -
Jean MUSITELLI -
Joseph PARÉ -
Jean TARDIF -
Maria Alvès TROVOADA -
Pierre-André WILTZER
Rapport de synthèse, par Pierre-Jean BENGHOZI
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Note introductive au débat, par Jean Tardif :
La mondialisation n'est
ni un mythe ni une fatalité. C'est un processus complexe
caractérisé par l'accélération, la
multiplication et l'intensification des interactions entre les diverses
parties du monde qui y participent de façon variable. Elle
comporte une dimension culturelle trop souvent négligée
ou caricaturée : elle met en présence des valeurs, des
modèles, des visions du monde, dont les différences
deviennent immédiatement perceptibles et acquièrent de ce
fait une importance inédite. Les facteurs identitaires et
culturels s'imposent au cœur d'une dynamique mondiale qui n'est
plus animée par les seuls acteurs étatiques. Suffit-il de
dénoncer la perspective des chocs de civilisations ou d'appeler
au dialogue des cultures pour exorciser ces nouvelles forces ? Les
politiques culturelles nationales suffisent-elles à garantir la
diversité culturelle postulée comme coïncidant avec
les entités nationales ? Les ensembles à fondement
linguistique ou culturel hérités de l'histoire
peuvent-ils s'adapter pour relever les défis du pluralisme
culturel qui se posent de façon inédite ?
La mondialisation
présente des défis redoutables pour le système
international. Face aux enjeux transfrontaliers qui n'obéissent
plus aux logiques étatiques, les Organisations internationales
voient remises en cause sinon leur raison d'être, du moins leur
pertinence et leur efficacité. L'élargissement peut
renforcer l'influence, mais il peut aussi diluer la capacité
d'action liée à la raison d'être spécifique
d'une organisation et réduire celle-ci à un
théâtre de discussions et de déclarations sans
portée pratique ni stratégique. Ces questions
interpellent aussi bien l'OTAN, l'Union européenne, l'Union
Africaine que la Francophonie, l'IbéroAmérique,
etc…
La Francophonie comme
entité à fondement linguistico-culturel peut-elle
s'appuyer sur ses antécédents et ses réalisations
pour s'instituer en acteur capable de répondre aux défis
inédits que pose la mondialisation culturelle ? Peut-elle
représenter davantage qu'une aire de rayonnement et de diffusion
culturelle ? Peut-elle constituer un espace original de création
et de diffusion culturelle, une sphère médiatique commune
qui compte à l'ère du numérique ? Peut-elle
s'instituer comme un acteur géoculturel capable d'apporter une
réponse spécifique aux défis qui interpellent
toutes les organisations internationales ? En faisant du choix du
pluralisme culturel le fondement de son projet politique, veut-elle se
construire comme l'un des laboratoires permettant de composer avec les
dynamiques transfrontalières ?
À l'évidence, la
façon dont Roumains, Sénégalais, Français,
Vietnamiens ou Québécois perçoivent ces enjeux et
conçoivent les réponses à ces questions sera
très différente. Dès lors, comment construire des
projets communs significatifs, qui complètent les politiques
nationales toujours indispensables, en leur offrant un cadre
élargi d'interactions privilégiées et
équitables ? Si l'on prend la culture au sérieux, il ne
faut pas craindre de soulever les questionnements les plus exigeants
sur la raison d'être, le rôle et la capacité
d'action de la Francophonie face aux défis géoculturels
actuels. Jamais la demande de politique n'a été aussi
grande, jamais non plus n'a été aussi pressant le besoin
d'en assurer le renouvellement à tous les échelons
où s'exerce l'activité humaine, notamment en renouvelant
les pratiques de la démocratie délibérative
ouverte à toutes les catégories d'acteurs
concernés par les enjeux extranationaux.
Depuis la conférence
ministérielle de Cotonou, l'OIF soutient activement le Forum
permanent sur le pluralisme culturel. Ce Forum veut susciter les
débats publics, entre toutes les catégories d'acteurs
concernés (pouvoirs publics, acteurs civiques et sociaux,
entreprises, experts) visant à actualiser l'analyse des enjeux
géoculturels et à formuler des propositions permettant de
relever les défis de la mondialisation culturelle. Depuis la
réunion de Mexico en avril 2003, le Secrétaire
général de l'OIF a cherché à associer
d'autres aires linguistiques à cette démarche. Ces
débats se déroulent sur un site internet
(www.planetagora.org) et à l'occasion de rencontres, telle celle
de Barcelone en août 2004 dans le cadre du Forum universel des
cultures. Le débat de Bucarest constitue une étape dans
ce processus.
Le canevas suivant propose un
point de départ commun possible pour confronter les analyses
critiques et esquisser des pistes d'action à la mesure des
enjeux actuels.
I - Le leadership de la Francophonie sur des enjeux de première importance
L'importance des enjeux
culturels est de plus en plus reconnue dans sa dimension politique et
stratégique, même si l'on est loin de tirer les
conséquences des constats qui s'imposent aujourd'hui. Même
l'Europe doit apprendre à composer avec la dimension culturelle
du politique, et avec les réalités identitaires qui ne
peuvent plus être analysées en fonction des seules
réalités nationales ni en termes de replis ou de
crispations. Pourtant, les conférences successives de Berlin,
Paris, Budapest, Grenade (2004 à 2006), comme celle sur
l'identité européenne organisée par la
présidence autrichienne de l'Union européenne à
Salzbourg (janvier 2006), peinent à dépasser l'approche
des politiques culturelles nationales ou des programmes
européens. La Francophonie a donc un intérêt
politique à exercer un leadership sur des questions qui tiennent
à sa raison d'être, en expérimentant des formules
adaptées aux défis actuels.
Un constat s'impose
d'emblée : la diversité culturelle est un fait qui ne
disparaîtra pas avec la mondialisation. Au contraire, les
cultures deviennent de plus en plus présentes les unes aux
autres et leurs différences de plus en plus perceptibles.
Plutôt que d'alimenter la peur de chocs de civilisations, il faut
apprendre à composer avec ces différences, par la voie
politique. En commençant par reconnaître le poids des
facteurs culturels dans tout projet politique, qu'il soit national ou
extranational. Il s'agit de reprendre la question politique
première dans le contexte actuel : comment vivre ensemble avec
nos différences, non seulement à l'échelon
national, mais aussi à l'échelon extranational ? À
ce niveau se pose une question préalable : que voient, que
lisent, qu'entendent les Francophones les uns des autres ?
Les réponses à ces
questions ne peuvent pas être élaborées par la voie
bureaucratique. Elles doivent résulter de processus politiques
de délibérations publiques, exigeants, continus, ouverts
à toutes les catégories d'acteurs concernés, qui
permettront aux Francophones de se connaître suffisamment pour
définir les modalités de leur vouloir-être et de
leur vouloir-agir en commun, ainsi que des conditions de leurs
interactions fondées notamment sur l'ouverture
maîtrisée et la réciprocité. C'est à
cette condition que pourra être mobilisée la
volonté politique pour définir ce que les Francophones
(comme chaque entité géoculturelle) peuvent, veulent et
décident - ou pas ! - de faire ensemble comme Francophones.
Le pluralisme culturel est un
projet politique qui touche à la raison d'être même
de la Francophonie. Il est aussi au cœur de toutes les
constructions politiques nouvelles requises pour maîtriser la
mondialisation.
II - Animer une démarche ouverte aux autres aires géoculturelles
Le débat en marge du Sommet de Bucarest poursuit la démarche du Forum permanent sur le pluralisme culturel dans le cadre de la Francophonie.
En partant du concept du pluralisme culturel, il propose d'aborder
trois questions pour chercher à dégager des constats
partagés et surtout à formuler des propositions qui
pourraient permettre à la Francophonie d'agir pour relever les
défis identifiés.
1- Un concept : le pluralisme culturel.
Le pluralisme culturel est le choix volontariste, effectué par
la voie politique, qui assume le fait de la diversité,
(UNESCO) non pour chercher à la réduire, mais pour en
faire au contraire un facteur de dynamisme. Il englobe le dialogue
interculturel en lui donnant son sens et sa portée pratique. Il
permet d'assumer la dimension culturelle du politique, qui n'est pas
réductible aux politiques, activités et programmes
culturels. Loin de constituer une menace pour les cultures nationales,
la Francophonie peut leur offrir un cadre élargi d'interactions,
qui favorise le développement de chacune dans le contexte de la
mondialisation culturelle. Et qui permet du même coup aux
politiques nationales d'être plus efficaces.
2- Une traduction politique : la
Francophonie peut-elle, veut-elle s'instituer par la voie politique
comme un acteur géoculturel face à la mondialisation ? Et
faire du pluralisme culturel le fondement de son projet politique en
élaborant les modalités qui en favorisent l'expression ?
Ce projet pourrait être abordé et développé autour de 3 thèmes (pour répondre à la question politique évoquée plus haut) :
1) La Francophonie de la création et des arts
La Francophonie représente-t-elle un espace
commun de création ? Dans le contexte profondément
modifié par la technologie, peut-on réunir les conditions
favorisant la création culturelle pour faire de la Francophonie
un pôle d'excellence et d'attractivité ? Un marché
culturel spécifique et dynamique ? Quelle stratégie?
Quels objectifs ? Quels projets? Quels acteurs ? Quelles mesures pour
favoriser l'intensification des échanges culturels
intra-francophonie (ce qui concerne aussi les industries culturelles)
? Quels moyens (publics et privés) mobiliser ? Des
participations croisées entre organismes de financement (ex.
CNC, SODEC…) ou formation de consortiums pour des projets
communs ?
2) La Francophonie de l'information et des médias
C'est dans la sphère
médiatique globalisée que sont créés les
symboles, les valeurs et les héros qui influencent les modes de
vie. C'est largement à travers les médias que
s'effectuent aujourd'hui les interactions entre les
sociétés et les cultures. Dans ce contexte, aucun projet
politique à fondement culturel ne peut se développer de
façon significative sans intégrer la dimension
médiatique. D'où la nécessité de
s'interroger sur ce que voient, ce qu'entendent, ce que lisent les
francophones les uns des autres. Comment rendre de plus en plus
présents de façon régulière et continue les
réalités et les enjeux francophones dans les
médias (presse, radio, audiovisuel, échanges) ? Quelles
leçons tirer des expériences multilatérales (TV5,
CIRTEF, ARTE, Courrier international, Espace francophone, etc. ?)
Quelle stratégie ? Quels objectifs? Quels projets ? Quels
acteurs ? Quels moyens privés et publics mobiliser ? 3) La Francophonie comme acteur géoculturel et l'une des figures du pluralisme culturel mondial
Pour composer avec la
globalisation, des entités géoéconomiques se
constituent suivant des modèles divers (Union européenne,
ALÉNA, etc.). Si l'on considère les enjeux
géoculturels non moins importants que les enjeux
géoéconomiques, il faut accorder à la Francophonie
comme projet une importance comparable à celle qu'appelle, par
exemple, la construction européenne. La Francophonie peut-elle,
et veut-elle, s'instituer comme un acteur original et crédible
pour relever les défis transnationaux de la mondialisation
culturelle ? Peut-elle mobiliser ses forces, privées et
publiques, pour former une aire de création et d'échanges
culturels privilégiés, pour constituer une force capable
d'exploiter les possibilités de la diversité et de
l'ouverture et devenir ainsi un cadre d'interactions fondé sur
l'ouverture maîtrisée et la réciprocité ?
Comment peut-elle construire une identité francophone
complémentaire aux autres pôles identitaires - nationaux
notamment - qu'elle contribue ainsi à renforcer ? Comment
constituer un nouveau pôle de médiation politique entre
les identités nationales et la mondialisation culturelle ?
Quelles expressions concrètes du pluralisme peut-elle proposer ?
Le Sommet de Québec (2008) pourrait-il donner lieu à
l'expérimentation d'une formule originale de concertation sur
les enjeux du pluralisme culturel qui deviendrait un sujet permanent de
l'ordre du jour du Sommet (une demi-journée de débats
entre les 4 catégories d'acteurs concernés) ? Comment
assurer l'articulation concrète entre les démarches de
l'Europe des cultures et de l'IbéroAmérique ? Quels
objectifs? Quels acteurs ? Quels moyens?
3- Une démarche, avec 2008 comme première étape
2008 (Sommet de Québec,
Année du dialogue interculturel en Europe, Sommet
IbéroAméricain) pourrait permettre de présenter
les propositions issues du processus engagé en 2006. Et
constituer un moment fort du pluralisme culturel comme projet
politique, avec comme assises la Francophonie, l'Europe des cultures,
l'Ibéro Amérique, chacune avec ses modalités
propres. etc.
4- La journée-débat de Bucarest : une étape
Objectif : réunir
une trentaine d'intervenants (une dizaine par thème),
appelés, en partant du canevas initial, à
présenter leurs analyses, préciser les questions et
formuler des propositions pour y apporter des réponses, à
définir les étapes suivantes et les engagements pour en
assurer le suivi.
Format : Une table ronde
sur chacun des trois thèmes (en succession et non en
parallèle), permettant la discussion entre une dizaine
d'intervenants, puis avec les autres intervenants et le public. Chacun
des intervenants s'engage à participer aux débats de
toute la journée.
Date et lieu : 23 septembre 2006, à l'Institut culturel roumain de Bucarest
Organisation : membres du
comité de pilotage du Forum (dont Mme Béatrice Comanescu,
professeur à la chaire de journalisme de l'Université
Hyperion). Accueil et appui logistique de l'Institut Culturel Roumain
de Bucarest. Appui opérationnel de Mme Nicole Otto, ancienne
directrice de l'Institut français de Timisoara. Soutien de l'OIF
et de la SACEM.
Participants :
créateurs, artistes, responsables d'industries culturelles, des
médias, acteurs publics, organismes culturels, analystes des
enjeux de la mondialisation culturelle et de la gouvernance mondiale.
Jean Tardif
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