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En prévision du Sommet de la Francophonie – Québec 2008

 La Francophonie : l’une des réponses à la mondialisation culturelle ?

Un débat public le mercredi 21 novembre 2007, 9h00 – 18h00
Université de Montréal - 3744, rue Jean-Brillant, Salle B2215

Programme - programme en .pdf - vidéos des interventions

La mondialisation n’est ni un mythe ni une fatalité. C’est un processus complexe caractérisé par l’accélération, la multiplication et l’intensification des interactions entre les diverses parties du monde qui y participent de façon variable. Elle comporte une dimension culturelle trop souvent négligée ou caricaturée : elle met en présence des valeurs, des modèles, des visions du monde, dont les différences deviennent immédiatement perceptibles et acquièrent de ce fait une importance inédite. Les facteurs identitaires et culturels s’imposent au cœur d’une dynamique mondiale qui n’est plus animée par les seuls acteurs étatiques. Suffit-il de dénoncer la perspective des chocs de civilisations ou d’appeler au dialogue des cultures pour exorciser ces nouvelles forces ? Les politiques culturelles nationales suffisent-elles à garantir la diversité culturelle postulée comme coïncidant avec les entités nationales ? Les ensembles à fondement linguistique ou culturel hérités de l’histoire peuvent-ils s’adapter pour relever les défis du pluralisme culturel qui se posent de façon inédite ?

La mondialisation présente des défis redoutables pour le système international. Face aux enjeux transfrontaliers qui n’obéissent plus aux logiques étatiques, les Organisations internationales voient remises en cause sinon leur raison d’être, du moins leur pertinence et leur efficacité. L’élargissement peut renforcer l’influence, mais il peut aussi diluer la capacité d’action liée à la raison d’être spécifique d’une organisation et réduire celle-ci à un théâtre de discussions et de déclarations sans portée pratique ni stratégique. Ces questions interpellent aussi bien l’OTAN, l’Union européenne, l’Union Africaine que la Francophonie, l’Ibéro-Amérique, etc…

La Francophonie comme entité à fondement linguistico-culturel peut-elle s’appuyer sur ses antécédents et ses réalisations pour s’instituer en acteur capable de répondre aux défis inédits que présente la mondialisation culturelle ? Peut-elle représenter davantage qu’une aire de rayonnement et de diffusion culturelle ? Peut-elle constituer un espace original de création et de diffusion culturelle, une sphère médiatique commune qui compte à l’ère du numérique ? Peut-elle s’instituer comme un acteur géoculturel capable d’apporter une réponse spécifique aux défis qui interpellent toutes les organisations internationales ? En faisant du choix du pluralisme culturel le fondement de son projet politique, veut-elle se construire comme l’un des laboratoires permettant de composer avec les dynamiques transfrontalières ?

À l’évidence, la façon dont Roumains, Sénégalais, Français, Vietnamiens ou Québécois perçoivent ces enjeux et conçoivent les réponses à ces questions sera très différente. Dès lors, comment construire des projets communs significatifs, qui complètent les politiques nationales toujours indispensables, en leur offrant un cadre élargi d’interactions privilégiées et équitables ? Si l’on prend la culture au sérieux, il ne faut pas craindre de soulever les questionnements les plus exigeants sur la raison d’être, le rôle et la capacité d’action de la Francophonie face aux défis géoculturels actuels. Jamais la demande de politique n’a été aussi grande, jamais non plus n’a été aussi pressant le besoin d’en assurer le renouvellement à tous les échelons où s’exerce l’activité humaine, notamment les pratiques de la démocratie délibérative ouverte à toutes les catégories d’acteurs concernés par les enjeux extranationaux.

Depuis la conférence ministérielle de Cotonou, l’OIF soutient activement le Forum permanent sur le pluralisme culturel. Ce Forum veut susciter les débats publics, entre toutes les catégories d’acteurs concernés (pouvoirs publics, acteurs civiques et sociaux, entreprises, experts) visant à actualiser l’analyse des enjeux géoculturels et à formuler des propositions permettant de relever les défis de la mondialisation culturelle. Depuis la réunion de Mexico en avril 2003, le Secrétaire général de l’OIF a cherché à associer d’autres aires linguistiques à cette démarche. Ces débats se déroulent sur un site internet ( www.planetagora.org ) et à l’occasion de rencontres, telle celle de Barcelone en août 2004 dans le cadre du Forum universel des cultures. Après celui tenu à Bucarest le 26 septembre 2006, le débat de Montréal constitue une étape dans ce processus qui se veut cumulatif et axé sur des propositions susceptibles de prendre la forme de projets.

Le canevas suivant propose un point de départ commun possible pour confronter les analyses critiques et esquisser des pistes d’action à la mesure des enjeux actuels.

I - Le leadership de la Francophonie sur des enjeux de première importance

L’importance des enjeux culturels est de plus en plus reconnue dans sa dimension politique et stratégique, même si l’on est loin de tirer les conséquences des constats qui s’imposent aujourd’hui. Même l’Europe doit apprendre à composer avec la dimension culturelle du politique, et avec les réalités identitaires qui ne peuvent plus être analysées en fonction des seules réalités nationales ni en termes de replis ou de crispations. Pourtant, les conférences successives de Berlin, Paris, Budapest, Grenade (2004 à 2006), comme celle sur l’identité européenne organisée par la présidence autrichienne de l’Union européenne à Salzbourg (janvier 2006), peinent à dépasser l’approche des politiques culturelles nationales ou des programmes européens. La Francophonie a donc un intérêt politique à exercer un leadership sur des questions qui tiennent à sa raison d’être, à son « cœur de métier », en expérimentant des formules adaptées aux défis actuels.

Un constat s’impose d’emblée : la diversité culturelle est un fait qui ne disparaîtra pas avec la mondialisation. Au contraire, les cultures deviennent de plus en plus présentes les unes aux autres et leurs différences de plus en plus perceptibles. Plutôt que d’alimenter la peur de chocs de civilisations, il faut apprendre à composer avec ces différences, par la voie politique. En commençant par reconnaître le poids des facteurs culturels dans tout projet politique, qu’il soit national ou extra-national. Il s’agit de reprendre la question politique première dans le contexte actuel : comment vivre ensemble avec nos différences, non seulement à l’échelon national, mais aussi à l’échelon extranational ? À ce niveau se pose une question préalable : que voient, que lisent, qu’entendent les Francophones les uns des autres ?

Les réponses à ces questions ne peuvent pas être élaborées par la voie bureaucratique. Elles doivent résulter de processus politiques de délibérations publiques, exigeants, continus, ouverts à toutes les catégories d’acteurs concernés, qui permettront aux Francophones de se connaître suffisamment pour définir les modalités de leur vouloir-être et de leur vouloir-agir en commun, ainsi que des conditions de leurs interactions fondées notamment sur l’ouverture maîtrisée et l’échange équitable. C’est à cette condition que pourra être mobilisée la volonté politique pour définir ce que les Francophones (comme chaque entité géoculturelle) peuvent, veulent et décident - ou pas ! - de faire ensemble comme Francophones.

Le pluralisme culturel est un projet politique qui touche à la raison d’être même de la Francophonie. Il est aussi au cœur de toutes les constructions politiques nouvelles requises pour maîtriser la mondialisation.

II - Animer une démarche ouverte aux autres aires géoculturelles

Le débat de Montréal poursuit la démarche du Forum permanent sur le pluralisme culturel dans le cadre de la Francophonie. En partant des métamorphoses entraînées par la mondialisation culturelle, il propose d’aborder trois questions pour chercher à dégager des constats partagés et surtout à formuler des propositions qui pourraient permettre à la Francophonie d’agir pour relever les défis identifiés.

1- Un concept : le pluralisme culturel.  Le pluralisme culturel est le choix volontariste, effectué par la voie politique, qui assume le fait de la diversité, (UNESCO) non pour chercher à la réduire, mais pour en faire au contraire un facteur de dynamisme. Il englobe le dialogue interculturel en lui donnant son sens et sa portée pratique. Il permet d’assumer la dimension culturelle du politique, qui n’est pas réductible aux politiques, activités et programmes culturels. Loin de constituer une menace pour les cultures nationales, la Francophonie peut leur offrir un cadre élargi d’interactions, qui favorise le développement de chacune dans le contexte de la mondialisation culturelle. Et qui permet du même coup aux politiques nationales d’être plus efficaces.

2- Une traduction politique : la Francophonie peut-elle, veut-elle s’instituer par la voie politique comme un acteur géoculturel face à la mondialisation ? Et faire du pluralisme culturel le fondement de son projet politique en élaborant les modalités qui en favorisent l’expression ? En se dotant notamment d’un cadre privilégié d’interactions et d’échanges culturels équitables fondé sur l’ouverture maîtrisée et la réciprocité ?

Ce projet pourrait être abordé et développé autour de 4 thèmes (pour répondre à la question politique évoquée plus haut : que voulons-nous faire ensemble ?) :

1) La Francophonie de la création et des arts 

La Francophonie représente-t-elle un espace commun de création ? Dans le contexte profondément modifié par la technologie, peut-on réunir les conditions favorisant la création culturelle pour faire de la Francophonie un pôle d’excellence et d’attractivité ? Un marché culturel spécifique et dynamique ? Quelle stratégie? Quels objectifs ? Quels projets? Quels acteurs ? Quelles mesures pour favoriser l’intensification des échanges culturels intra-francophonie (ce qui concerne aussi les industries culturelles) ? Quels moyens (publics et privés) mobiliser ? Des participations croisées entre organismes de financement (ex. CNC, SODEC…) ou formation de consortiums pour des projets communs ?

2) La Francophonie de l’information et des médias 

C’est dans la sphère médiatique globalisée que sont créés les symboles, les valeurs et les héros qui influencent les modes de vie. C’est largement à travers les médias que s’effectuent aujourd’hui les interactions entre les sociétés et les cultures. Dans ce contexte, aucun projet politique à fondement culturel ne peut se développer de façon significative sans intégrer la dimension médiatique. D’où la nécessité de s’interroger sur ce que voient, ce qu’entendent, ce que lisent les francophones les uns des autres. Comment rendre de plus en plus présents de façon régulière et continue les réalités et les enjeux francophones dans les médias (presse, radio, audiovisuel, échanges) ? Quelles leçons tirer des expériences multilatérales (TV5, CIRTEF, ARTE, Courrier international, Espace francophone, etc. ?) Quelle stratégie ? Quels objectifs? Quels projets ? Quels acteurs ? Quels moyens privés et publics mobiliser ?

3) La Francophonie universitaire et de l’éducation

À quelles conditions la Francophonie peut-elle favoriser les échanges universitaires qui renforcent le potentiel humain et scientifique de ses membres ? Comment mobiliser les nouvelles technologies pour mieux répartir l’accessibilité aux ressources universitaires entre les pays du Nord et ceux du Sud, partager le développement des connaissances et favoriser la diffusion de la production scientifique francophone ? Le français peut-il encore, - à quelles conditions ? - s’affirmer comme langue de premier plan en matière scientifique et technique ? La mise en réseaux des pôles d’excellence peut-elle constituer une masse critique significative ?

4) La Francophonie comme acteur géoculturel et l’une des figures du pluralisme culturel mondial

Pour composer avec la globalisation, des entités géoéconomiques se constituent suivant des modèles divers (Union européenne, ALÉNA, etc.). Si l’on considère les enjeux géoculturels non moins importants que les enjeux géoéconomiques, il faut accorder à la Francophonie comme projet une importance comparable à celle qu’appelle, par exemple, la construction européenne. La Francophonie peut-elle, et veut-elle, s’instituer comme un acteur original et crédible pour relever les défis transnationaux de la mondialisation culturelle ? Peut-elle mobiliser ses forces, privées et publiques, pour former une aire de création et d’échanges culturels privilégiés, pour constituer une force capable d’exploiter les possibilités de la diversité et de l’ouverture et devenir ainsi un cadre d’interactions fondé sur l’ouverture maîtrisée et l’échange équitable ? Comment peut-elle construire une identité francophone complémentaire aux autres pôles identitaires - nationaux notamment - qu’elle contribue ainsi à renforcer ? Comment constituer un nouveau pôle de médiation politique entre les identités nationales et la mondialisation culturelle ? Quelles expressions concrètes du pluralisme peut-elle proposer ? Le Sommet de Québec (2008) pourrait-il donner lieu à l’expérimentation d’une formule originale de concertation sur les enjeux du pluralisme culturel qui deviendrait un sujet permanent de l’ordre du jour du Sommet (une période d’échanges publics avec les 4 catégories d’acteurs concernés) ? Comment assurer l’articulation concrète entre les démarches de l’Europe des cultures et de l’Ibéro-Amérique ? Quels objectifs? Quels acteurs ? Quels moyens?

3- Une démarche, avec 2008 comme première échéance

2008 (Sommet de Québec, Année du dialogue interculturel dans l’Union européenne, Sommet Ibéro-Américain) pourrait permettre de présenter les propositions issues du processus engagé en 2006. Et constituer un moment fort du pluralisme culturel comme projet politique, avec comme assises initiales possibles la Francophonie, l’Europe des cultures, l’Ibéro-Amérique, chacune avec ses modalités propres. etc.

4- Le débat de Montréal : une étape

Objectif : réunir des intervenants des diverses catégories d’acteurs concernés(3-4 par thème), appelés, en partant du canevas initial, à présenter leurs analyses, préciser les questions et formuler des propositions pour y apporter des réponses, à définir les étapes suivantes et les engagements pour en assurer le suivi.

Format : Une table ronde sur chacun des 4 thèmes (en succession et non en parallèle), permettant la discussion entre les intervenants sur ce thème, puis avec les autres intervenants et le public. Chacun des intervenants s’engage à rédiger ensuite une courte note (3-4 pages) résumant son intervention en tentant compte des débats.

Participants : créateurs, artistes, responsables d’industries culturelles, des médias, acteurs publics, organismes culturels, analystes des enjeux de la mondialisation culturelle et de la gouvernance mondiale.

Jean Tardif

Toutes les interventions :

Ouverture, par Bernard Descôteaux

1.- La Francophonie de l'information et des médias
Yvon Turcot - Suzanne Gouin (TV5 Québec-Canada) - Pierre Lampron (TVA) - Robert Pilon (Radio Canada) - Regard extérieur : Sheila Copps

2.- La francophonie et la production et la diffusion des oeuvres culturelles
Yvon Charbonneau - Gilles Corbeil (SODEC) - Jacques Dufresne Alain Pineau (Conférence canadienne des Arts) - Pierre C. Bélanger (Université d’Ottawa) - Regard extérieur : Jean-Claude Corbeil

3.- La francophonie universitaire
Yvon Charbonneau - Patrick Chardenet (AUF) - Denis Monière (Université de Montréal) - Michel Guillou (IFRAMOND – Lyon) - Regard extérieur : Jim Jackson

3.- La francophonie comme acteur géoculturel
Jean-François Lisée - Louise Beaudouin (Université de Montréal) - Jacques Crête (ancien directeur du cabinet du S.G. de l’OIF) - Jean-Louis ROY - Jean TARDIF


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