Logo PlanetAgora
Vous êtes ici:
Débat de Montréal
LES ENJEUX GÉOCULTURELS
Les espaces géoculturels ne coïncident plus forcément avec les territoires natio-naux et acquièrent une dimension stratégique Aller »
POLITIQUES PUBLIQUES et CULTURE
Le défi politique d'inventer les moyens pour maîtriser la mondialisation culturelle Aller »
ÉCONOMIE
et CULTURE

Comment concilier la logique du marché fondé sur l'intérêt et la logique de la culture orientée vers la création du lien social? Aller »
COMMUNICATION
et CULTURE

À l'ère des médias globaux, on ne peut penser ni comprendre la communication sans la culture Aller »

MAITRISER LA MONDIALISATION CULTURELLE
Il faut inventer les moyens de définir les conditions dans lesquelles les différences deviennent un enrichissement et non une cause de conflits Aller »

 

» BLOG

 

Ajouter aux favoris 
Envoyer cette page 
 

La Francophonie et le pluralisme culturel

TABLE RONDE 4 : La Francophonie comme acteur géoculturel

De la difficulté pour une organisation internationale de devenir un acteur géoculturel

par Jacques Crête

Programme complet  - programme en .pdf 

vidéos des interventions

Les organisateurs, dans leur argumentaire, expriment le souhait que la Francophonie institutionnelle transcende son statut d’organisation intergouvernementale pour devenir un acteur géopolitique. Je ne sais pas ce qu’il faut être ou faire pour devenir un acteur géopolitique, mais on devine que la Francophonie doit se libérer de certains freins, doit vaincre des obstacles, pour se hisser à un niveau supérieur.

C’est de ces freins et des ambivalences que je veux vous entretenir aujourd’hui. Certains sont structurels, d’autres conjoncturels.

Mon exposé n’est ni optimiste ni pessimiste, ni noir ni blanc. Il est de couleur « gris ambivalent » si ça se trouve.

L’OIF est une drôle de créature. Son statut juridique est ambivalent. Le Secrétaire général de la Francophonie n’est en réalité que le Secrétaire général de l’OIF. La structure financière de la Francophonie (ensemble des opérateurs) est une aberration : un pays assume à lui seul les trois-quarts de son budget. Je rappelle que l’Organisation compte 68 pays! Mais ces anomalies n’ayant rien à voir avec le géoculturel, je n’insiste pas.

De l’extérieur, on perçoit la Francophonie comme étant d’abord et avant tout vouée à la défense du français. De l’intérieur, cette assertion s’impose également, mais avec moins de force. En effet, l’OIF a d’autres missions que la promotion du français. Et la Francophonie n’est pas linguistiquement monolithique. Loin s’en faut.

Dans sa composition d’origine, parmi les 21 pays qui ont signé l’accord de Niamey, deux seulement avaient le français comme langue d’usage de la majorité de leur population : la France et le Gabon auxquels il convient d’ajouter deux entités fédérés, le Québec et la Communauté française de Belgique. En réalité, la plupart des pays de la Francophonie sont des pays multilingues, de fait ou de jure. Qu’il s’agisse des pays du Nord (Canada, Belgique, Suisse, Luxembourg), de ceux du Maghreb et de l’Afrique noire, rares sont les pays membres de la Francophonie qui ne pratiquent qu’une langue sur leur territoire. Dans les pays du Sud, du Maroc au Congo, le français n’est pas la langue de la majorité, mais celle des élites et/ou de l’administration. Si l’Algérie n’est pas membre de l’OIF, c’est qu’elle en a été empêchée par le mouvement nationaliste en faveur de l’arabisation. Je ne vais pas insister davantage sur cette première ambivalence, mais il faut prendre note du fait que le français est langue de la majorité dans seulement 4 des 68 pays et gouvernements membres de l’OIF. Est-il alors possible, et je ne fais que poser la question, à l’OIF d’être, ou de devenir, un ACTEUR géoculturel?

Mais peu importe, ce qui importe, c’est que ceux qui signent la Charte de Niamey pratiquent le français et c’est ce partage en commun qui justifie leur rapprochement et la création de l’ACCT.

Mais avec le temps l’ACCT devient l’OIF et l’OIF se transforme, s’élargit et devient centripète et centrifuge à la fois. Centripète car elle est force d’attraction. Elle attire de nouveaux pays. Centrifuge car le noyau d’origine se dilue.

Forte aujourd’hui de 68 pays et gouvernements membres, l’OIF déborde largement de son cadre naturel. Cette situation rend encore plus difficile la définition d’objectifs linguistico culturels communs. Dans plusieurs de ces nouveaux pays, le français, qui occupait une place enviable, s’est marginalisé. En accueillant de nouveaux membres, la Francophonie, d’un côté, a perdu un peu de son âme, mais, par ailleurs, elle s’est enrichie de l’apport de tous ces nouveaux venus. En s’élargissant, la Francophonie n’a pas abandonné les champs de la langue et de la culture, mais elle a ajouté de nouvelles missions à son espace de coopération (la démocratie et la paix, les ressources et l’énergie, le développement durable) .

La Francophonie s’est rapprochée jusqu’à un certain point du modèle du Commonwealth, mais en Francophonie la langue n’est pas qu’un moyen de communication, c’est aussi une façon de voir le monde, de sentir la vie, voire de rêver ses nuits! De tout cela émane le sentiment ambivalent qui anime plusieurs des acteurs qui ont pratiqué l’OIF au quotidien : élargissement ou approfondissement? Culture extensive ou intensive? Pendant quatre ans à Paris, de 2002 à 2005, je n’ai entendu personne proposer la poursuite de l’élargissement. Au contraire, tous étaient d’accord pour que la Francophonie prenne un temps d’arrêt. Et pourtant, au Sommet de Bucarest en 2006, quatre membres associés ont été cooptés comme membres de plein droit et quatre autres pays (Chypre, Ghana, Ukraine et Serbie) ont été admis à l’OIF à titre de membres observateur ou associé.

Les chefs d’État et de gouvernement ayant confirmé leur choix en faveur de la culture extensive, la Francophonie, à mon avis, éprouvera plus de difficulté à répondre à la question que pose les organisateurs de ce colloque : que devons-nous, que pouvons-nous, que voulons-nous faire ensemble, comme francophones? J’ai du mal à m’imaginer que cette question vienne troubler le sommeil des Moldaves et des Albanais, pour citer au hasard ces deux peuples. Et sur le plan de l’institutionnel, il est probable que la diplomatie grecque soit davantage préoccupée par l’appellation de la Macédoine dans les instances de la Francophonie que par la place du français à l’ONU. Mais ce que la Francophonie institutionnelle a perdu en « pureté linguistique », elle l’a en partie regagné en élargissant le nombre de pays qui ne veulent pas passer au tout anglais, qui veulent préserver la diversité linguistique et qui sont disposés à faire un effort pour que le français demeure une langue d’usage et de travail au sein des organisations internationales et, notamment, de l’Europe. L’OIF, en effet, a des accords avec la plupart des pays européens membres de la Francophonie – et il y en a une quinzaine - qui ont pour objet de former, en français, les futurs cadres européens de ces pays. Certains diront que c’est une mince consolation, mais l’OIF à 68 est assurément une organisation qui a plus de poids et de pertinence qu’une ACCT à 21. Plus de la moitié des pays membres de l’Union européenne sont aussi membres de l’OIF. Il faut transformer cette réalité en avantage stratégique.

Les écarts de richesse sont un autre élément qui rend plus difficile la définition d’objectifs communs « militants ». Certains pays sont riches, d’autres en émergence et d’autres, encore trop nombreux, en état de sous-développement. Alors, dans ce sens, les questions du dialogue interculturel et de la coopération entre les grands ensembles géoculturels (francophonie, monde arabe, monde hispanophone, lusophonie) ont du mal à être perçues comme prioritaires alors que les besoins de base (santé, éducation) de très larges populations sont loin d’être satisfaits.

A mon avis, et c’est la seule suggestion que je me permettrai, je crois qu’il y a un rapprochement à faire entre le géoculturel et le géopolitique. Entre le dialogue interculturel d’une part, et la paix d’autre part, il y a des liens à tisser car les cultures aussi déclarent la guerre. Et comme la mission « Paix, droits de l’homme et démocratie » est la mieux dotée des 4 missions de l’OIF, un rapprochement réussi permettrait au géoculturel d’enrichir sa réflexion et la portée de son action ainsi que d’obtenir, sans doute, des ressources financières additionnelles.

J’en conclus que l’OIF, tout en faisant des choses utiles dans le domaine du dialogue interculturel, n’est pas une grande puissance à la veille de devenir un acteur géoculturel. A moins que dans la perspective d’une Francophonie à géométrie variable, quelques gouvernements motivés se saisissent du dossier de la mondialisation culturelle et en fassent leur affaire.


En débattre sur le FORUM »

Toutes les interventions :

Introduction de Bernard Descôteaux

1.- La Francophonie de l'information et des médias
Yvon Turcot - Suzanne Gouin (TV5 Québec-Canada) - Pierre Lampron (TVA) - Robert Pilon (Radio Canada) - Regard extérieur : Sheila Copps

2.- La francophonie et la production et la diffusion des oeuvres culturelles
Yvon Charbonneau - Gilles Corbeil (SODEC) - Jacques Dufresne Alain Pineau (Conférence canadienne des Arts) - Pierre C. Bélanger (Université d’Ottawa) - Regard extérieur : Jean-Claude Corbeil

3.- La francophonie universitaire
Yvon Charbonneau - Patrick Chardenet (AUF) - Denis Monière (Université de Montréal) - Michel Guillou (IFRAMOND – Lyon) - Regard extérieur : Jim Jackson

4.- La francophonie comme acteur géoculturel
Jean-François Lisée - Louise Beaudouin (Université de Montréal) - Jacques Crête (ancien directeur du cabinet du S.G. de l’OIF) - Jean-Louis ROY - Jean TARDIF


Accueil | Actu | Mises à jour | FAQ | Contributeurs |

Toute reproduction devra faire l'objet d'un accord préalable
Tous droits réservés, PlanetAgora.org 2008