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 La Francophonie et le pluralisme culturel

La contribution de la francophonie à la mondialisation

 par  Jean-Claude Corbeil

Intervention lors du débat La Francophonie : l’une des réponses à la mondialisation culturelle ? organisé par le Forum permanent sur le pluralisme culturel le 21 novembre 2007 à l'Université de Montréal
Programme - programme en .pdf - vidéos des interventions

Depuis le temps que j’observe et que je participe à la francophonie, il m’apparaît de plus en plus évident que deux mots sont au cœur de la problématique de la francophonie d’aujourd’hui. Ces deux mots cernent à eux seuls les défis actuels auxquels la langue française et les pays qui l’ont en partage font face et qui devraient inspirer les actions communes. Ces deux mots valent autant pour les pays réunis au sein de la francophonie à des titres très disparates que pour les relations de la francophonie avec les autres grandes communautés linguistiques, les unes, d’origine européenne, en relation entre elles depuis longtemps, les autres, surtout asiatiques, plus récemment présentes sur le plan mondial. Ces mots sont : Concurrence et Solidarité.

Concurrence, mot qu’on préfère éviter dans les grandes assemblées de la francophonie, parce qu’il implique des divergences d’intérêts, des rapports de force, des conflits mêmes, dont l’élément déclencheur est le plus souvent d’ordre économique. C’est certainement pour cette raison que ces questions sont le plus souvent évoquées et discutées au cours des réunions des organisations économiques internationales et souvent, par les mêmes pays qui participent à la francophonie.

Mais aussi, un mot qui a le grand avantage de nous ramener à la réalité des choses et des actions, ce dont on parle ici aujourd’hui.

Solidarité entre les pays de la francophonie, comme contrepoids à la concurrence. Ce mot implique le partage de l’assiette économique, même dans les domaines culturels. Solidarité également avec les autres pays, régions et grandes communautés linguistiques qui font face de leur côté à la même hégémonie culturelle et linguistique de l’anglo-américain et avec lesquels la francophonie peut collaborer pour mettre en place une réplique commune à cette hégémonie.

L’un et l’autre de ces mots posent sous son angle réel la question qui nous réunit aujourd’hui : qu’apporte d’original la francophonie au grand marché des cultures et des langues ?

La réponse se pose à différents niveaux de conception et d’action, en ce sens qu’elle me semble être d’abord de nature philosophique, j’entends par là l’idéal que la francophonie cherche ou devrait chercher à concrétiser dans ses actions culturelles et économiques. La francophonie propose ou entend proposer au monde un modèle d’humanisme fondé sur la conviction que l’épanouissement de tous les êtres humains, hommes, femmes et enfants, prime les intérêts économiques des individus, des sociétés et des pays. D’où, au sein de la francophonie, la conviction à la fois de la légitimité de la diversité culturelle et linguistique à travers le monde et d’où, en conséquence, la recherche d’une manière de partager tous les moyens d’assurer la vitalité des langues et des cultures de chaque pays ou de chaque communauté culturelle et linguistique membre d’un état national unitaire.

Il est évident que cet idéal humaniste, sans cesse affirmé lors des réunions des instances de la francophonie, se heurte, dans sa réalisation, aux intérêts et stratégies de chaque membre de la francophonie. Ceci explique qu’il soit si difficile de passer à des actions concrètes de solidarité francophone, d’autant que les gouvernements n’ont d’autorité que morale sur leurs propres entreprises à notre époque de mondialisation des échanges économiques. Ceci est tout particulièrement vrai des divergences d’intérêts entre pays de la francophonie du Nord et du Sud.

Tel est l’angle sous lequel il me semble nécessaire d’évaluer la capacité réelle des pays membres de la francophonie à concrétiser et à diffuser l’humanisme dont elle se réclame lors des grandes réunions des instances, modèle qui devrait au premier chef inspirer les actions de coopération entre ses membres et contribuer à atténuer l’esprit de concurrence économique dont s’inspirent le plus souvent les entreprises de chaque pays.

Les intervenants à la deuxième table ronde de la journée ont, chacun à leur tour, fait état de politique ou proposé des dispositions ou des thématiques qui pourraient dynamiser la diffusion des œuvres culturelles.

Gilles Corbeil a décrit les actions de la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles) pour concrétiser la politique québécoise de promotion et de diffusion des produits culturels dans les domaines du livre, du cinéma, du disque et des métiers d’art. Alain Pedneault, pour sa part, a décrit l’instrument de promotion utilisé par la Conférence canadienne des Arts pour faire la promotion de la production culturelle et soutenir les créateurs. Ces initiatives, notamment la stratégie de la SODEC, pourraient, de l’avis des participants, inspirer les membres de la francophonie désireux de mettre en action la convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle ou, plus concrètement, de mieux affronter la pressions des entreprises américaines.

Jacques Dufresne a présenté une encyclopédie de la francophonie que lui et ses collaborateurs ont mis en ligne dans Internet, site très populaire chez les internautes si on en juge par le nombre de visites. Malheureusement, cette initiative demeure pour ainsi dire artisanale et bénévole.

Dans un tout autre esprit, Pierre C. Bélanger a mis en relief le fossé qui se creuse de plus en plus entre la tendance Internet à mettre en ligne gratuitement des œuvres de toute nature et la diffusion classique des produits culturels. Toute l’économie marchande des industries culturelles est ainsi remise en cause, pour ne pas dire compromise.

On est en droit de se demander si le discours officiel de la francophonie et les actions qui en découle ne sont dangereusement en retard ou en porte-à-faux par rapport à la mondialisation de l’économie et à l’évolution des technologies modernes de diffusion des produits culturels.

En débattre sur le FORUM »

Toutes les interventions :

Introduction (Bernard Descôteaux)

1.- La Francophonie de l'information et des médias
Yvon Turcot - Suzanne Gouin (TV5 Québec-Canada) - Pierre Lampron (TVA) - Robert Pilon (Radio Canada) - Regard extérieur : Sheila Copps

2.- La francophonie et la production et la diffusion des oeuvres culturelles
Yvon Charbonneau - Gilles Corbeil (SODEC) - Jacques Dufresne Alain Pineau (Conférence canadienne des Arts) - Pierre C. Bélanger (Université d’Ottawa) - Regard extérieur : Jean-Claude Corbeil

3.- La francophonie universitaire
Yvon Charbonneau - Patrick Chardenet (AUF) - Denis Monière (Université de Montréal) - Michel Guillou (IFRAMOND – Lyon) - Regard extérieur : Jim Jackson

3.- La francophonie comme acteur géoculturel
Jean-François Lisée - Louise Beaudouin (Université de Montréal) - Jacques Crête (ancien directeur du cabinet du S.G. de l’OIF) - Jean-Louis ROY - Jean TARDIF


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