Logo PlanetAgora
Vous êtes ici:
Débat de Montréal
LES ENJEUX GÉOCULTURELS
Les espaces géoculturels ne coïncident plus forcément avec les territoires natio-naux et acquièrent une dimension stratégique Aller »
POLITIQUES PUBLIQUES et CULTURE
Le défi politique d'inventer les moyens pour maîtriser la mondialisation culturelle Aller »
ÉCONOMIE
et CULTURE

Comment concilier la logique du marché fondé sur l'intérêt et la logique de la culture orientée vers la création du lien social? Aller »
COMMUNICATION
et CULTURE

À l'ère des médias globaux, on ne peut penser ni comprendre la communication sans la culture Aller »

MAITRISER LA MONDIALISATION CULTURELLE
Il faut inventer les moyens de définir les conditions dans lesquelles les différences deviennent un enrichissement et non une cause de conflits Aller »

 

» BLOG

 

Ajouter aux favoris 
Envoyer cette page 
 

La Francophonie et le pluralisme culturel

TABLE RONDE : La Francophonie, la production et la diffusion des oeuvres culturelles

Intervention de  

Pierre Lampron, TVA

Programme complet  - programme en .pdf 

vidéos des interventions

Lorsque que je vivais à Paris, au cours des années 90, je m’étais abonné au câble pour avoir la possibilité de regarder tous les matins, à 8h00, le bulletin de nouvelles canadien que diffusait TV5. J’ai, plus tard, beaucoup voyagé et j’ai toujours insisté pour préférer l’hôtel qui m’offrait l’accès à TV5.

Mon fils Julien vit à New York. C’est sur son ordinateur qu’il parcourt les différents bulletins de nouvelles qui l’intéressent.

C’est également par son ordinateur qu’il assouvit sa passion de musique africaine, qu’il commande les films qui le passionnent, qu’il lit les articles de journaux du monde entier qui lui sont utiles pour son métier et qu’il entretient un dialogue constant avec des amis d’Afrique, de France, du Canada ou des États-Unis. Et non, il ne reçoit pas, via son abonnement au câble, ni TVA, ni Radio Canada, ni TV5 et oui, il a accès à toutes les émissions françaises, américaines ou québécoises qui l’intéressent.

La vitesse sans précédent du développement de la numérisation nous plonge dans une réelle révolution des modes de production, de diffusion et de distribution des biens culturels.

Je suis de cette génération qui a vécu l’extraordinaire développement de la télévision. Je l’ai connue en noir et blanc, puis en couleur, puis en haute définition, publique, puis privée, généraliste, puis spécialisée. Diffusée par voie hertzienne, par des oreilles de lapin qui sont devenues des antennes collectives puis par satellites, par câble et maintenant par les lignes téléphoniques. Il y avait au Canada en 1980, 105 stations de télévision. Il y en a aujourd’hui 679.

Ce développement s’est fait à une vitesse fulgurante mais relativement ordonnée. Il a été relativement simple d’organiser ce développement en tenant compte d’impératifs culturels ou économiques. Nous avons pu établir nos principes de souveraineté culturelle, imposer nos quotas, déterminer le genre de productions qui nous étaient essentielles, exiger le soutien de l’État et son intervention pour protéger nos territoires de l’influence jugée trop envahissante de certaines cultures. Sur ces bases, nous avons développé de nombreux modèles de coopération, d’échanges de programmes et de savoir-faire, de co-productions et des ententes de diffusion.

Tant que nous pouvions identifier et contrôler les sources de contenus et leur mode de diffusion, il nous était possible de nous imposer sur nos propres territoires et d’élaborer nos stratégies permettant la diffusion de nos savoir-faire et de notre culture sur d’autres territoires.

Ainsi, les pays de la francophonie se sont tous donné au cours des ans des politiques et des moyens pour affirmer leur souveraineté culturelle et pour la faire rayonner à l’extérieur. Le bilan, faut-il le dire, est plus que satisfaisant. Nos cultures sont bien vivantes. On les voudrait parfois plus vives et plus performantes mais, dans cet âge d’or de la télévision nous aurions bien tort de minimiser l’extraordinaire succès que constitue TV5 et le rayonnement somme toute exceptionnel de la culture francophone dans le monde. TV5 est plus qu’une télévision, elle est une marque de commerce dans l’environnement télévisuel. C’est aussi une idée du monde.

Mais le modèle qui nous a inspiré toutes les actions que nous avons conduites depuis la fin des années 80 jusqu’à maintenant a vécu. Les médias traditionnels sont en déclin : la télévision généraliste perd inexorablement de son importance. Les tirages des journaux sont partout en décroissance et entraînent les titres les plus prestigieux dans des crises financières fréquentes. La radio, le rempart traditionnel du quotidien et de l’expression de la culture de masse, perd aussi de son influence. Les ventes de disques, première source de financement pour nos artistes et artisans de la musique, périclitent à une vitesse alarmante.

Nous pouvions et nous pouvons toujours réglementer et contrôler ces vecteurs de la diffusion de la culture. Ils ont toujours constitué une réponse organisée à la menace de la mondialisation. Mais il viendra un jour où ces médias auront une influence significativement moindre que ce que nous appelons aujourd’hui les nouveaux médias de l’ère numérique.

C’est déjà le cas pour la génération des moins de 25 ans. Où sont-ils pensez-vous? Devant les rendez-vous hebdomadaires que leur proposent la télévision? Assis posément à la table de la cuisine à consulter les journaux du matin? Chez le disquaire du coin pour acheter le dernier album de leur vedette préférée?

Vous savez bien qu’ils sont quelque part devant un écran d’ordinateur, en route vers un café, avec à l’oreille, leur iPod aux 2000 chansons, ou échangeant, via leur téléphone mobile les vidéos, courriels ou dernières découvertes musicales avec leur ami du voisinage ou d’un autre continent.

C’est par le canal de l’Internet que s’exprime la mondialisation. C’est par lui que nous devons faire passer l’expression de notre identité culturelle.

Au moment de préparer ces notes, mon adjointe me confiait qu’elle avait signé en début d’année une autorisation pour que son fils de 6 ans puisse avoir accès à l’Internet à l’école. Le défi aujourd’hui de cette jeune mère de deux enfants n’est pas de contrôler le nombre d’heures autorisées à regarder la télévision. Son défi est plutôt de garder un certain contrôle de l’usage de l’Internet par ses deux jeunes enfants.

Ces enfants sont nés avec l’ordinateur, ils ont appris à en maîtriser le langage avant même de maîtriser les habiletés de la lecture et de l’écriture. Nous avions un jour inventé ce concept de télévision sans frontière, ces enfants sont d’une culture sans frontière. Parce que nous sommes d’une autre génération, nous avons de la difficulté à remettre en cause les paradigmes qui ont guidé nos actions antérieures. Nous avons pourtant tous vécu cette expérience de demander à nos enfants leur aide pour, ne serait-ce que mesurer le b-a-ba de l’accès à l’Internet et aux sites les plus connus. Un enfant de 6 ans réussit déjà ce nous n’apprendrons probablement jamais à maîtriser.

J’invoque ceci pour nous éviter cette pensée que cette révolution, après tout, ne changera pas grand-chose : C’est dans 10 ans que ceux qui aujourd’hui sont en rupture avec nos habitudes de consommation, auront atteint la trentaine. Ce sont eux qui feront définitivement basculer le modèle.

Mais déjà, ce qu’ils consomment sur l’Internet nous entraînent et nous influencent. Nous sommes de la génération qui ne pouvait se concevoir cultivée sans avoir à la portée de la main son encyclopédie reliée en 15 ou 20 volumes. Wikipedia nous renvoie à notre âge de pierre : une encyclopédie libre et multilingue, écrite par des volontaires et basée sur le concept Wiki. Concept qui permet à n'importe qui de créer, modifier des pages et ainsi aider à la conception du projet. En juillet 2004, l'ensemble du projet comportait environ 800 000 pages en plus de 50 langues différentes. 3 ans plus tard c’est plus 2 000 000 de pages et près de 154 millions de visiteurs par an (source-Znet).

Nos références internationales, s’appellent Le Figaro, Le Monde, le Herald Tribune ou le New York Times. Ces grandes marques ne sont pas les maîtres sur Internet, elles se font concurrencer par Google news, Ask.com, Yahoo.news, Answer.com, Myspace, You Tube, Ebay, Amazon

• 1 Microsoft : 726.749.000 visites


• 2 Yahoo! : 480.641.000


• 3 Google : 467.498.000


• 4 eBay : 237.327.000


• 5 Time Warner Network : 217.843.000


• 6 Wikipedia : 154.848.000


• 7 Amazon : 133.518.000


• 8 Fox Interactive Media : 117.789.000


• 9 Ask Network : 112.768.000


• 10 Adobe : 95.196.000


• 11 Apple Computer : 94.909.000


• 12 Lycos : 91.126.000


• 13 CNET Network : 84.259.000


• 14 YouTube : 81.019.000


• 15 Viacom Digital : 65.799.000


Et, plus important encore, dans cet univers de centaines de millions de sites Internet, il n’y a pas un média traditionnel qui n’a pas le sien. Pas un artiste qui ne tente pas de s’y faire valoir, pas un article qui n’y soit pas répertorié, pas un écrivain qui en fasse l’économie.

Cette révolution en est à ses premières années et nous sommes encore trop nombreux à ne pas la prendre au sérieux, même lors de nos grandes messes sur la mondialisation et ses effets.

L’Internet est la mondialisation. C’est sur l’Internet que s’exprime dorénavant la culture des peuples. Elle y rassemble à la fois les expressions des plus petites collectivités et celles des sociétés les plus dominantes. Elle consacre les vedettes planétaires mais elle permet aussi aux artistes les plus modestes de s’y exprimer, de se faire connaître dans leur environnement immédiat et de s’adresser aux citoyens du monde.

Un groupe du Québec, au nom difficilement empruntable ailleurs : «Les Cowboys fringants» a eu dernièrement la surprise de constater, à sa première visite en France, qu’il y avait des fans en grand nombre qui connaissaient son répertoire et qui n’étaient rebutés, ni par son genre, ni par son langage.

Je suis de ceux qui ont participé très activement à l’élaboration de ce qui est devenu la Convention pour la promition et le diversité des expressions culturelles de l’UNESCO sans frontière. Je suis toujours convaincu que l’État à un devoir d’intervention pour stimuler l’expression de l’identité culturelle de leur société. Mais je crois que l’approche par interdiction est révolue.

Ce devoir d’intervention aujourd’hui doit être conquérant. Il doit être guidé par l’obsession de prendre sa place dans cet univers de l’Internet. Nous n’y sommes malheureusement pas suffisamment présents.

La francophonie devrait se faire le champion du développement de toutes ces nouvelles technologies et des contenus qui s’y diffusent. Nous devrions bannir le mot interdiction, oublier l’action par quotas et y substituer un ensemble de mesures de soutien et de coopération pour que chaque citoyen francophone ait la chance d’avoir accès, dans les meilleures conditions possibles, à ce nouvel outil de civilisation, qu’il ait la chance de s’y exprimer, d’y rencontrer les artistes qui expriment sa culture et son environnement.

Je vous ai beaucoup parlé des enfants de mon environnement. Ils me fascinent par ce qu’ils nous préparent. Mon petit-fils Hadrien est né avec une longueur d’avance sur ses parents qui me distancent outrageusement. À quoi aura accès Hadrien dans 5 ans, lui qui sera issu d’une culture québécoise mais qui sera plongé dès ses premiers jours dans la culture du monde. Un peu de la création francophone? Marginalement? Pas du tout?...

En débattre sur le FORUM »

Toutes les interventions :

Introduction de Bernard Descôteaux

1.- La Francophonie de l'information et des médias
Yvon Turcot - Suzanne Gouin (TV5 Québec-Canada) - Pierre Lampron (TVA) - Robert Pilon (Radio Canada) - Regard extérieur : Sheila Copps

2.- La francophonie et la production et la diffusion des oeuvres culturelles
Yvon Charbonneau - Gilles Corbeil (SODEC) - Jacques Dufresne Alain Pineau (Conférence canadienne des Arts) - Pierre C. Bélanger (Université d’Ottawa) - Regard extérieur : Jean-Claude Corbeil

3.- La francophonie universitaire
Yvon Charbonneau - Patrick Chardenet (AUF) - Denis Monière (Université de Montréal) - Michel Guillou (IFRAMOND – Lyon) - Regard extérieur : Jim Jackson

4.- La francophonie comme acteur géoculturel
Jean-François Lisée - Louise Beaudouin (Université de Montréal) - Jacques Crête (ancien directeur du cabinet du S.G. de l’OIF) - Jean-Louis ROY - Jean TARDIF


Accueil | Actu | Mises à jour | FAQ | Contributeurs |

Toute reproduction devra faire l'objet d'un accord préalable
Tous droits réservés, PlanetAgora.org 2008