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Lorsque
que je vivais à Paris, au cours des années 90, je
m’étais abonné au câble pour
avoir la
possibilité de regarder tous les matins, à 8h00,
le
bulletin de nouvelles canadien que diffusait TV5. J’ai, plus
tard,
beaucoup voyagé et j’ai toujours
insisté pour
préférer l’hôtel qui
m’offrait l’accès
à TV5. Mon
fils Julien vit à New York. C’est sur son
ordinateur qu’il
parcourt les différents bulletins de nouvelles qui
l’intéressent. C’est
également par son ordinateur qu’il assouvit sa
passion de
musique africaine, qu’il commande les films qui le
passionnent,
qu’il lit les articles de journaux du monde entier qui lui
sont
utiles pour son métier et qu’il entretient un
dialogue
constant avec des amis d’Afrique, de France, du Canada ou des
États-Unis. Et non, il ne reçoit pas, via son
abonnement au câble, ni TVA, ni Radio Canada, ni TV5 et oui,
il
a accès à toutes les émissions
françaises,
américaines ou québécoises qui
l’intéressent. La
vitesse sans précédent du
développement de la
numérisation nous plonge dans une réelle
révolution
des modes de production, de diffusion et de distribution des biens
culturels. Je
suis de cette génération qui a vécu
l’extraordinaire développement de la
télévision.
Je l’ai connue en noir et blanc, puis en couleur, puis en
haute
définition, publique, puis privée,
généraliste,
puis spécialisée. Diffusée par voie
hertzienne,
par des oreilles de lapin qui sont devenues des antennes collectives
puis par satellites, par câble et maintenant par les lignes
téléphoniques. Il y avait au Canada en 1980, 105
stations de télévision. Il y en a
aujourd’hui 679. Ce
développement s’est fait à une vitesse
fulgurante
mais relativement ordonnée. Il a été
relativement simple d’organiser ce développement
en tenant
compte d’impératifs culturels ou
économiques. Nous
avons pu établir nos principes de souveraineté
culturelle, imposer nos quotas, déterminer le genre de
productions qui nous étaient essentielles, exiger le soutien
de l’État et son intervention pour
protéger nos
territoires de l’influence jugée trop envahissante
de
certaines cultures. Sur ces bases, nous avons
développé
de nombreux modèles de coopération,
d’échanges
de programmes et de savoir-faire, de co-productions et des ententes
de diffusion. Tant
que nous pouvions identifier et contrôler les sources de
contenus et leur mode de diffusion, il nous était possible
de
nous imposer sur nos propres territoires et
d’élaborer nos
stratégies permettant la diffusion de nos savoir-faire et de
notre culture sur d’autres territoires. Ainsi,
les pays de la francophonie se sont tous donné au cours des
ans des politiques et des moyens pour affirmer leur
souveraineté
culturelle et pour la faire rayonner à
l’extérieur.
Le bilan, faut-il le dire, est plus que satisfaisant. Nos cultures
sont bien vivantes. On les voudrait parfois plus vives et plus
performantes mais, dans cet âge d’or de la
télévision
nous aurions bien tort de minimiser l’extraordinaire
succès
que constitue TV5 et le rayonnement somme toute exceptionnel de la
culture francophone dans le monde. TV5 est plus qu’une
télévision,
elle est une marque de commerce dans l’environnement
télévisuel.
C’est aussi une idée du monde.
Mais
le modèle qui nous a inspiré toutes les actions
que
nous avons conduites depuis la fin des années 80
jusqu’à
maintenant a vécu. Les médias traditionnels sont
en
déclin : la télévision
généraliste
perd inexorablement de son importance. Les tirages des journaux sont
partout en décroissance et entraînent les titres
les
plus prestigieux dans des crises financières
fréquentes.
La radio, le rempart traditionnel du quotidien et de
l’expression
de la culture de masse, perd aussi de son influence. Les ventes de
disques, première source de financement pour nos artistes et
artisans de la musique, périclitent à une vitesse
alarmante. Nous
pouvions et nous pouvons toujours réglementer et
contrôler
ces vecteurs de la diffusion de la culture. Ils ont toujours
constitué une réponse organisée
à la
menace de la mondialisation. Mais il viendra un jour où ces
médias auront une influence significativement moindre que ce
que nous appelons aujourd’hui les nouveaux médias
de l’ère
numérique. C’est
déjà le cas pour la
génération des moins
de 25 ans. Où sont-ils pensez-vous? Devant les rendez-vous
hebdomadaires que leur proposent la télévision?
Assis
posément à la table de la cuisine à
consulter
les journaux du matin? Chez le disquaire du coin pour acheter le
dernier album de leur vedette préférée?
Vous
savez bien qu’ils sont quelque part devant un
écran
d’ordinateur, en route vers un café, avec
à
l’oreille, leur iPod aux 2000 chansons, ou
échangeant, via
leur téléphone mobile les vidéos,
courriels ou
dernières découvertes musicales avec leur ami du
voisinage ou d’un autre continent. C’est
par le canal de l’Internet que s’exprime la
mondialisation. C’est
par lui que nous devons faire passer l’expression de notre
identité
culturelle. Au
moment de préparer ces notes, mon adjointe me confiait
qu’elle
avait signé en début d’année
une autorisation
pour que son fils de 6 ans puisse avoir accès à
l’Internet à l’école. Le
défi aujourd’hui
de cette jeune mère de deux enfants n’est pas de
contrôler
le nombre d’heures autorisées à
regarder la
télévision. Son défi est
plutôt de garder
un certain contrôle de l’usage de
l’Internet par ses deux
jeunes enfants. Ces
enfants sont nés avec l’ordinateur, ils ont appris
à
en maîtriser le langage avant même de
maîtriser les
habiletés de la lecture et de
l’écriture. Nous avions
un jour inventé ce concept de
télévision sans
frontière, ces enfants sont d’une culture sans
frontière.
Parce que nous sommes d’une autre
génération, nous
avons de la difficulté à remettre en cause les
paradigmes qui ont guidé nos actions antérieures.
Nous
avons pourtant tous vécu cette expérience de
demander à
nos enfants leur aide pour, ne serait-ce que mesurer le b-a-ba de
l’accès à l’Internet et aux
sites les plus connus.
Un enfant de 6 ans réussit déjà ce
nous
n’apprendrons probablement jamais à
maîtriser. J’invoque
ceci pour nous éviter cette pensée que cette
révolution, après tout, ne changera pas
grand-chose :
C’est dans 10 ans que ceux qui aujourd’hui sont en
rupture avec
nos habitudes de consommation, auront atteint la trentaine. Ce sont
eux qui feront définitivement basculer le modèle.
Mais
déjà, ce qu’ils consomment sur
l’Internet nous
entraînent et nous influencent. Nous sommes de la
génération
qui ne pouvait se concevoir cultivée sans avoir à
la
portée de la main son encyclopédie
reliée en 15
ou 20 volumes. Wikipedia
nous
renvoie à notre âge de pierre : une
encyclopédie
libre et multilingue, écrite par des volontaires et
basée
sur le concept Wiki. Concept qui permet à n'importe qui de
créer, modifier des pages et ainsi aider à la
conception du projet. En juillet 2004, l'ensemble du projet
comportait environ 800 000 pages en plus de 50 langues
différentes.
3 ans plus tard c’est plus 2 000 000 de pages et
près de 154
millions de visiteurs par an (source-Znet). Nos
références internationales, s’appellent
Le
Figaro,
Le
Monde,
le
Herald Tribune ou
le New
York Times.
Ces grandes marques ne sont pas les maîtres sur Internet,
elles
se font concurrencer par Google news, Ask.com, Yahoo.news,
Answer.com, Myspace, You Tube, Ebay, Amazon •
1
Microsoft : 726.749.000 visites •
2
Yahoo! : 480.641.000 •
3
Google : 467.498.000 •
4
eBay : 237.327.000 •
5
Time Warner Network : 217.843.000 •
6
Wikipedia : 154.848.000 •
7
Amazon : 133.518.000 •
8
Fox Interactive Media : 117.789.000 •
9
Ask Network : 112.768.000 •
10
Adobe : 95.196.000 •
11
Apple Computer : 94.909.000 •
12
Lycos : 91.126.000 •
13
CNET Network : 84.259.000 •
14
YouTube : 81.019.000 •
15
Viacom Digital : 65.799.000 Et,
plus important encore, dans cet univers de centaines de millions de
sites Internet, il n’y a pas un média traditionnel
qui n’a
pas le sien. Pas un artiste qui ne tente pas de s’y faire
valoir,
pas un article qui n’y soit pas
répertorié, pas un
écrivain qui en fasse l’économie.
Cette
révolution en est à ses premières
années
et nous sommes encore trop nombreux à ne pas la prendre au
sérieux, même lors de nos grandes messes sur la
mondialisation et ses effets. L’Internet
est la mondialisation. C’est sur l’Internet que
s’exprime
dorénavant la culture des peuples. Elle y rassemble
à
la fois les expressions des plus petites collectivités et
celles des sociétés les plus dominantes. Elle
consacre
les vedettes planétaires mais elle permet aussi aux artistes
les plus modestes de s’y exprimer, de se faire
connaître dans
leur environnement immédiat et de s’adresser aux
citoyens du
monde. Un
groupe du Québec, au nom difficilement empruntable ailleurs
:
«Les Cowboys fringants» a eu
dernièrement la
surprise de constater, à sa première visite en
France, qu’il y avait des fans en grand nombre qui
connaissaient
son répertoire et qui n’étaient
rebutés, ni
par son genre, ni par son langage. Je
suis de ceux qui ont participé très activement
à
l’élaboration de ce qui est devenu la Convention
pour la
promition et le diversité des expressions culturelles de
l’UNESCO sans frontière. Je suis toujours
convaincu que
l’État à un devoir
d’intervention pour stimuler
l’expression de l’identité culturelle de
leur société.
Mais je crois que l’approche par interdiction est
révolue. Ce
devoir d’intervention aujourd’hui doit
être conquérant.
Il doit être guidé par l’obsession de
prendre sa place
dans cet univers de l’Internet. Nous n’y sommes
malheureusement
pas suffisamment présents. La
francophonie devrait se faire le champion du développement
de
toutes ces nouvelles technologies et des contenus qui s’y
diffusent. Nous devrions bannir le mot interdiction, oublier
l’action par quotas et y substituer un ensemble de mesures de
soutien et de coopération pour que chaque citoyen
francophone
ait la chance d’avoir accès, dans les meilleures
conditions
possibles, à ce nouvel outil de civilisation,
qu’il ait la
chance de s’y exprimer, d’y rencontrer les artistes
qui expriment
sa culture et son environnement. Je
vous ai beaucoup parlé des enfants de mon environnement. Ils
me fascinent par ce qu’ils nous préparent. Mon
petit-fils
Hadrien est né avec une longueur d’avance sur ses
parents
qui me distancent outrageusement. À quoi aura
accès
Hadrien dans 5 ans, lui qui sera issu d’une culture
québécoise
mais qui sera plongé dès ses premiers jours dans
la
culture du monde. Un peu de la création francophone?
Marginalement? Pas du tout?...
En débattre sur le FORUM »
Toutes
les interventions :
Introduction de Bernard Descôteaux
1.-
La
Francophonie de l'information et des médias
Yvon
Turcot - Suzanne
Gouin (TV5 Québec-Canada) - Pierre
Lampron (TVA) - Robert
Pilon (Radio Canada) - Regard
extérieur : Sheila Copps
2.-
La
francophonie et la production et la diffusion des oeuvres culturelles
Yvon
Charbonneau - Gilles
Corbeil (SODEC) - Jacques
Dufresne – Alain
Pineau (Conférence canadienne des Arts) - Pierre
C. Bélanger (Université d’Ottawa)
- Regard
extérieur : Jean-Claude Corbeil
3.-
La
francophonie universitaire Yvon
Charbonneau - Patrick
Chardenet (AUF) - Denis
Monière (Université de Montréal)
- Michel
Guillou (IFRAMOND – Lyon) -
Regard extérieur : Jim Jackson
4.-
La
francophonie comme acteur géoculturel
Jean-François
Lisée - Louise
Beaudouin (Université de Montréal) - Jacques
Crête (ancien directeur du
cabinet du S.G. de l’OIF) - Jean-Louis
ROY - Jean
TARDIF
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