| par Denis Monière,
Université de Montréal Intervention
lors du débat La
Francophonie : l’une des réponses
à la mondialisation culturelle ?
organisé par le Forum permanent sur le pluralisme culturel
le 21
novembre 2007 à l'Université de
Montréal Programme - programme en .pdf - vidéos des interventions
| 
vidéo de l'intervention
de Denis Monière |
L’usage du
français tend à devenir une curiosité
archéologique dans le monde universitaire. Ainsi, au
congrès de l’Association internationale de science
politique qui est une organisation scientifique où le
français et l’anglais sont encore les deux langues
officielles, sur les 1244 communications
présentées en 2003, nous n’en avons
recensés que 36 en français soit une proportion
mirobolante de 2,9%. 8 des 10 communications
présentées par les
Québécois furent faites en anglais.
Plus il y a de recherches et de communications en anglais,
plus les revues anglophones recevront de propositions
d’articles, plus elles seront sélectives, plus
elles seront valorisées par la communauté
scientifique et plus elles conféreront prestige et
reconnaissance internationale et donneront accès aux
subventions de recherche. Ce qui est vrai pour les chercheurs
individuels s’applique aussi aux universités. Plus
elles embauchent de chercheurs et de professeurs qui publient dans les
grandes revues américaines, plus elles atteindront le sommet
de l’échelle de la réputation
internationale et plus elles attireront les meilleurs
étudiants du monde entier, mieux elles seront
dotées en ressources financières. Ainsi
fonctionne la spirale de l’anglicisation. Propositions
d’actions
Comment les universités francophones peuvent-elles
résister à cette logique de
l’uniformisation linguistique dans la production du savoir?
Pour contrer les effets pervers de la concurrence interuniversitaire
qui disperse les ressources et nous affaiblit collectivement sur la
scène mondiale du savoir, il faut privilégier une
stratégie de concertation et de coopération
multilatérale qui maximise la synergie entre les
universités de langue française. Il faut stimuler
le regroupement des forces et favoriser la multiplication des
pôles d’excellence dans le monde francophone. La
francophonie doit miser sur les universités francophones les
plus performantes pour exercer une force d’attraction
à l’échelle mondiale. Pour simplifier
je dirais qu’il faut favoriser les relations entre les
universités du Nord pour améliorer la
coopération Nord-Sud.
Voici quelques
propositions en ce sens.
1- On pourrait instituer un
consortium
d’universités de la francophonie qui produiraient
une offre de cours de haute qualité qui seraient
internationalement reconnus et qui pourraient être
accessibles en ligne. Ainsi, les étudiants du Sud pourraient
avoir accès à une formation supérieure
de haut niveau sans avoir à assumer les coûts
d’un séjour prolongé à
l’étranger. Ces étudiants ainsi
scolarisés pourraient à leur tour contribuer au
développement des connaissances en restant dans leur milieu
ce qui minimiserait les risques de fuite des cerveaux. Cette
coopération interuniversitaire pourrait engendrer des cursus
intégrés dont les diplômes seraient
validés par la francophonie et donnerait accès au
marché du travail des pays de la francophonie.
2- Il serait
également possible d’instituer une
bibliothèque universitaire virtuelle qui rendrait accessible
la production scientifique des pays francophones et qui assurerait une
meilleure redistribution des connaissances en comblant le manque de
ressources des universités du Sud. De telles
bibliothèques accessibles en ligne existent
déjà pour les sciences sociales.
L’université du Québec à
Chicoutimi a entrepris avec de modestes moyens la
numérisation de plus de 3000 ouvrages de sciences sociales
qui sont accessibles gratuitement. Le portail Érudit fait la
même chose pour les revues et les thèses de
doctorat, mais l’accessibilité n’est pas
gratuite pour l’instant. Il faudrait élargir ces
initiatives au domaine des sciences.
3- Dans le même
esprit, la francophonie devrait soutenir la
mise sur pied d’un programme de jumelage ou Pacte de
solidarité qui inciterait les universités du Nord
à conclure des ententes de partenariat avec au moins une
université du Sud, entente dont l’objectif serait
de favoriser le développement d’un secteur
d’excellence par le soutien à
l’enseignement et à la recherche. Il
s’agirait de mettre en valeur les compétences en
émergence et de cibler des domaines où le terrain
local offre un potentiel scientifique empirique.
4- La francophonie
pourrait aussi soutenir la mise sur pied
d’une organisation internationale comparable à
Médecins sans frontière qui pourrait
s’appeler Professeurs sans frontières et qui
regrouperait des professeurs à la retraite qui mettraient
gratuitement leurs compétences au service des
universités du sud qui en feraient la demande soit pour
donner des cours soit pour diriger temporairement des groupes de
recherche.
En conclusion, je pense que la francophonie devrait se concentrer sur
un projet culturel et qu'elle n'a de sens que si elle favorise le
développement des échanges culturels,
intellectuels et scientifiques en français. La production
scientifique en français doit être
valorisée et servir de pôle de
référence. Il ne s’agit pas
d’empêcher qui que ce soit de publier dans la
langue de son choix mais de ne pas marginaliser et disqualifier ceux
qui font la promotion du français comme langue scientifique.
C'est l'usage de la langue française qui est le ciment de
cette communauté. Or une langue qui n’est pas
employée dans les secteurs d’activités
hautement valorisés comme les affaires et la science perd de
sa pertinence et se marginalise. Ce phénomène de
dévaluation sociale est particulièrement
évident pour un Québécois qui assume
sa francité sur le continent nord-américain
où la population francophone ne représente que 2%
de la population totale. La grande force de la francophonie consiste
à créer un lien, un sentiment d'appartenance
à une grande communauté culturelle à
une époque où le pouvoir est
mondialisé et dominé par une logique
d'uniformisation. Elle brise l'isolement et l'éparpillement
des populations qui vivent et travaillent en français dans
des environnements où leur langue d'usage est dans la
plupart des cas minoritaire. Elle nous permet de vivre la
mondialisation en français. Voilà en
résumé les défis que devrait relever
la francophonie dans le cadre de la mondialisation.
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Toutes
les interventions : Introduction (Bernard Descôteaux)
1.- La
Francophonie de l'information et des médias
Yvon
Turcot - Suzanne
Gouin (TV5 Québec-Canada) - Pierre
Lampron (TVA) - Robert
Pilon (Radio Canada) - Regard
extérieur : Sheila Copps 2.- La
francophonie et la production et la diffusion des oeuvres culturelles
Yvon
Charbonneau - Gilles
Corbeil (SODEC) - Jacques
Dufresne – Alain
Pineau (Conférence canadienne des Arts) - Pierre
C. Bélanger (Université d’Ottawa)
- Regard
extérieur : Jean-Claude Corbeil
3.- La
francophonie universitaire Yvon
Charbonneau - Patrick
Chardenet (AUF) - Denis
Monière (Université de Montréal)
- Michel
Guillou (IFRAMOND – Lyon) -
Regard extérieur : Jim Jackson
3.- La
francophonie comme acteur géoculturel
Jean-François
Lisée - Louise
Beaudouin (Université de Montréal) - Jacques
Crête (ancien directeur du
cabinet du S.G. de l’OIF) - Jean-Louis
ROY - Jean
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