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La mondialisationLe
sociologue français Dominique Wolton affirmait lors d’une
entrevue donnée au magasine L’Express en avril 2003 :
« La mondialisation s’est réalisée en trois
étapes : la première, avec la création de
l’ONU, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, a
posé les bases d’un ordre international; la
deuxième, avec l’ouverture des frontières et le
libre marché, a ouvert un espace économique mondial. Nous
en sommes à la troisième étape : celle de
l’information et de la culture.» Si la mondialisation
économique et même politique sont désormais des
données incontestables du monde contemporain, on ne commence
qu’à comprendre l’influence de celle-ci sur les
domaines des arts et de la culture.
L’accélération des rapports entre les peuples a des effets majeurs sur la production et la distribution des productions culturelles.
Production :
Comme de nombreuses personnes dans les sociétés modernes,
les artistes sont de plus en plus mobiles et de plus en plus en contact
constant, via les différents moyens de communications, avec
leurs collègues du monde entier, si bien que les
communautés artistiques ne s’établissent plus
à une échelle locale, mais plutôt à une
échelle internationale. Cela change complètement les
influences et les processus de création qui puisent maintenant
aux traditions les plus diverses.
Distribution :
La mondialisation et surtout les nouvelles possibilités offertes
par les moyens de communication ont aussi grandement changé les
modes de distribution des productions culturelles. Il est
désormais possible d’utiliser ces véhicules de
communication pour faire connaître son travail à
l’étranger et envisager une carrière
internationale.
Les
productions culturelles sont d’ailleurs de plus en plus
difficilement rattachable directement et incontestablement à un
État-nation, puisque les intervenants impliqués, les
fonds finançant les projets et les moyens de distribution
proviennent souvent de pays divers, si bien qu’il faut
désormais avoir recours à des spécialistes
chargés de déterminer l’origine d’un produit
culturel.
La réaction traditionnelle
La réaction de plusieurs États devant
cette situation et surtout devant une omniprésence de la
production américaine, surtout dans le milieu de
l’audiovisuel, a été jusqu’à
maintenant essentiellement protectionniste.
La
bataille pour l’exception, puis pour la diversité
culturelle, menée dans les accords économiques puis
à l’UNESCO est certainement un pas dans cette direction
qui visait essentiellement à protéger le droit des
États à adopter des politiques culturelles qui favorisent
les productions culturelles engendrées par leurs ressortissants.
Cette réaction la Conférence canadienne des arts y a pris part. Deux exemples :
L’appui au mouvement en faveur de la
diversité culturelle, notamment avec le Réseau
international pour la diversité culturelle
Plusieurs mémoires déposés devant le Conseil de la
Radio Télévision canadienne (CRTC) plaidant pour la
sauvegarde du contenu canadien
Un autre modèle
Aujourd’hui un autre modèle nous est proposé : celui des grands ensembles géoculturels.
La
Francophonie n’est que l’un de ces grands ensembles
(d’autres exemples : monde arabe, monde
latino-américain, Union européenne, etc.), quoique
particulièrement bien développé par rapport
à d’autres.
La
Francophonie offre l’avantage de créer une union sur la
base de la langue qui est sans conteste l’un des matériaux
les plus importants de production de la culture. Pourtant le Canada,
par son caractère bilingue appartient très certainement
à deux ensembles géoculturels. L’équivalent
anglophone pourrait peut-être se trouver dans le Commonwealth qui
favorise aussi des échanges culturels entre les pays de langue
anglaise.
La
mondialisation a aussi entraîné et entraine chaque jour
davantage un monde métissé dans lequel les
identités s’additionnent sans s’exclurent
mutuellement. Alexis Nouss dans Plaidoyer pour un monde métis parle de la capacité de multi-appartenance des êtres humains. Il écrit :
«
Pour reprendre l’exemple classique du sujet brésilien
auquel sont reconnus des origines indienne, africaine et
européenne, il peut se revendiquer indien et européen,
africain et indien, européen et africain ou les trois à
la fois. Dans ce dernier cas, il n’est pas un tiers Indien, un
tiers Africain et un tiers Européen; il est 100 % Indien, 100%
Africain et 100% Européen. C’est -à-dire
qu’il est Indien, Africain et Européen tour à tour
et pleinement à chaque fois » « De même que si
je suis fils, mari et père, je serai pleinement enfant devant
mes parents, pleinement époux devant ma conjointe et pleinement
géniteur devant ma descendance. »
Si
cette logique est vraie pour les individus qui composent une
société, elle l’est aussi pour les
collectivités qui sont formées d’individus portant
ces identités. Ainsi, si la Francophonie veut devenir une
réponse possible à la mondialisation et fournir une
réelle occasion de favoriser le pluralisme des cultures, elle
doit accepter que cette appartenance identitaire n’est pas
exclusive des autres appartenances existantes au sein des populations
qui la composent.
Des
55 États qui composent l’Organisation internationale de la
Francophonie, aucun ne peut prétendre que l’appartenance
francophone est la seule appartenance à laquelle se rattachent
ses ressortissants, et même dans une majorité de pays, que
la culture francophone est la culture dominante.
C’est
vrai du Canada comme on le mentionnait plus haut, mais c’est
aussi vrai d’autres pays phares de la Francophonie, comme la
Belgique par exemple, où les déchirements entre
francophones et néerlandophones créent
dernièrement de nombreuses tensions. C’est certainement
aussi la réalité de pays de l’Afrique de
l’Ouest ou d’Asie où les langues indigènes
sont importantes.
S’il
y a une opportunité qui s’offre à nous en
considérant la culture à l’aune d’un ensemble
géoculturel plus large que l’État, c’est
certainement que la culture ne doit pas y être subordonnée
aux impératifs d’un agenda extérieur aux
considérations culturelles. Ainsi, on ne saurait ici chercher
à faire la promotion d’une culture francophone qui
exclurait l’apport de culture autre ou qui serait promue au
détriment ou pire en favorisant le recul d’une autre
culture. Dans un tel cas, on demeurerait dans une logique qui existe
dans le modèle actuel où l’appartenance d’une
culture à un État-nation est par définition
exclusive d’autres appartenances nationales.
La rencontre de la culture et du politique
Les
objectifs simplement culturels avancent rarement
d’eux-mêmes, s’ils ne sont pas reliés à
d’autres intérêts nationaux. C’est le cas de
la diplomatie culturelle, où l’exportation de la culture
n’est certainement pas financée pour elle-même par
les États, mais plutôt subordonnée à des
objectifs nationaux considérés comme supérieur
– objectifs économiques ou militaires. Dans le cas de la
diplomatie culturelle, l’art et la culture sont
instrumentalisés pour devenir une carte de visite nationale pour
les entrepreneurs ou encore pour la construction d’une image
nationale positive (nation branding) auprès des populations étrangères.
On
pense ici à l’exemple des États-Unis, qui
investissent présentement plus de 1 milliard de dollar dans la
diplomatie publique pour redorer un blason bien mal mené au
cours de dernières années – le pays a
particulièrement mauvaise presse dans plusieurs pays musulmans
alors que de nombreux pays européens sont traversés par
une pensée anti-américaniste. Les Américains ont
d’ailleurs été les maîtres de ce genre de
techniques durant la Guerre froide alors que l’expressionnisme
abstrait ou la musique atonale devenait le symbole d’une
société où la liberté artistique comme la
liberté de presse étaient des valeurs qui
l’opposait à sa rivale.
Donc
pour arriver à ses fins, le milieu des arts et de la culture
doit trouver les points d’intérêt commun avec
d’autres domaines plus influents, notamment
l’économie et la politique. La bataille pour la
diversité culturelle qui a connu un engouement sans
précédent au Canada est sans doute un bon exemple de
cela. Les intérêts des créateurs y rencontraient
certainement le désir de protection de certains secteurs de
l’économie canadienne (notamment les magazines –
industrie culturelle majeure au Canada) et sans doute des objectifs de
la politique extérieure du Canada – qui en tant que
puissance moyenne se situe beaucoup plus du côté du
«soft power» pour consolider son influence dans le monde.
Cet
exemple nous apprend donc qu’il ne faut assurément pas
chercher seulement du côté des arts et de la culture les
moyens de faire de la Francophonie un acteur incontournable du
pluralisme des cultures. Il faut ici chercher les points de convergence
avec d’autres centres d’intérêt de
l’État, puisque jusqu’à nouvel ordre, ce sont
toujours dans les mains des États que repose la
souveraineté de l’action, particulièrement dans le
monde des politiques culturelles. D’ailleurs, l’adoption de
la Convention sur la protection et la promotion de la diversité
des expressions culturelles a ajouté une pierre à
l’édifice de cette souveraineté. Sans le support
des États l’action des organisations internationales est
réduite à néant.
En débattre sur le FORUM »
Toutes
les interventions :
Introduction de Bernard Descôteaux
1.-
La
Francophonie de l'information et des médias
Yvon
Turcot - Suzanne
Gouin (TV5 Québec-Canada) - Pierre
Lampron (TVA) - Robert
Pilon (Radio Canada) - Regard
extérieur : Sheila Copps
2.-
La
francophonie et la production et la diffusion des oeuvres culturelles
Yvon
Charbonneau - Gilles
Corbeil (SODEC) - Jacques
Dufresne – Alain
Pineau (Conférence canadienne des Arts) - Pierre
C. Bélanger (Université d’Ottawa)
- Regard
extérieur : Jean-Claude Corbeil
3.-
La
francophonie universitaire
Yvon
Charbonneau - Patrick
Chardenet (AUF) - Denis
Monière (Université de Montréal)
- Michel
Guillou (IFRAMOND – Lyon) -
Regard extérieur : Jim Jackson
4.-
La
francophonie comme acteur géoculturel
Jean-François
Lisée - Louise
Beaudouin (Université de Montréal) - Jacques
Crête (ancien directeur du
cabinet du S.G. de l’OIF) - Jean-Louis
ROY - Jean
TARDIF
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