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Débat de Paris - 21 mars 2008
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La Francophonie universitaire et scientifique

intervention de Astrid von BUSEKIST, CERI

lors du débat La Francophonie : l’une des réponses à la mondialisation culturelle ? organisé par le Forum permanent sur le pluralisme culturel
le 21 mars 2008 au CERI - Sciences Po à Paris
Programme (en .pdf)

Mon regard sera oblique parce que, spécialiste de théories politiques et des politiques de la langue ou des langues, je n’ai aucun savoir spécifique sur la Francophonie. À partir de la constellation politique européenne, je traiterai de la coexistence du français et de l’anglais et du pluralisme culturel. Ce sera un plaidoyer pour le multilinguisme.

Modalités de coexistence avec l’anglais dans le cadre européen

Beaucoup se situent dans une vision de fin de l’histoire : l’anglais qui s’est imposé continuera à s’imposer. Il ne faut pourtant pas oublier nos autres obligations.

D’autres considèrent que la bataille n’est pas terminée. Quelle bataille : contre l’anglais ?

4 champs dans cette bataille :

- la bataille de l’identité : la langue a une valeur intrinsèque et les États ont une obligation morale d’accommoder la diversité linguistique (libéraux culturalistes américains et canadiens, cf Kymlicka).

- la bataille de l’utilité avec 2 variantes : « Hayekienne » : le marché doit ordonner nos préférences, donc favorable à l’anglais ; « Keynésienne » : requiert le soutien de l’État aux autres langues que l’anglais.

- la mobilité sociale : laquelle ? Quel lien entre mobilité sociale ascendante et compétence linguistique ? En Europe, la mobilité ascendante est plutôt liée au plurilinguisme quà la compétence exclusive en anglais.

- la démocratie : se fait-elle plus facilement dans une langue accessible à tous ou dans les langues vernaculaires ?


Voici quelques éléments de réponses rapides à ces questions.

À partir de la perspective des économistes de la langue : le salut est dans la coordination de plusieurs langues, mais pas dans n’importe quelle combinaison linguistique. La diversité linguistique (juxtaposition de langues) n’est pas synonyme de multilinguisme (compétence dans plusieurs langues à la fois).

Quelques chiffres :

En Europe : croissance continue de la compétence en anglais (80% pour les parlementaires) – 73% des 15-39 parlent anglais (37% parlent le français, 33% l’allemand).

Chez les Français de 15-16 ans la compétence dans les autres langues européennes baisse.

75% des cerveaux expatriés prennent la direction des pays anglophones

Handicaps des Européens ou des Français : absence de structures d’accueil anglophones pour les étudiants (au CERI tout est bilingue et même parfois uniquement en anglais).

Maintien de la diversité linguistique en Europe : plus on respecte la diversité, plus c’est l’anglais qui sert de lien concret.

Dans l’autre sens : que se passe-t-il quand on adopte certains répertoires ?

Si l’anglais est exclu, 50% des Européens sont exclus, et 79% si l’allemand était la lingua franca.

Combinaisons

Anglais + français : la meilleure combinaison dans l’Europe des 15 puisque 35% seulement sont exclus dans ce cas de figure.

Anglais + allemand : semblable, mais pays par pays, le taux d’exclusion est plus faible si on inclut l’Europe des 25

Anglais – français – allemand : c’est la combinaison qui comporte l’exclusion la moins élevée (17% dans l’Europe des 15).

Le cas hongrois est intéressant : taux élevé de connaissance de l’allemand, le russe n’a jamais dépassé 1%. L’anglais augmente de façon spectaculaire mais aussi l’allemand (lingua franca en Europe centrale). 97% des jeunes hongrois voient l’anglais comme langue d’avenir.

L’utilité

Les langues sont des réseaux, des voies de communication. Plus une langue a de locuteurs, plus elle est utile. La langue est un bien collectif : on ne peut exclure personne.

On apprend les langues de façon ascendante, on va de celle du plus petit groupe vers celle du plus grand groupe, en anticipant sur le profit à retirer et la probabilité de la parler (donc sur le choix des autres).

Abram de Swaan  dans Words of the World (2001) – La constellation des langues (actuelle)

12 langues supercentales (100m locuteurs) – 100 langues centrales (nationales) – Langues périphériques

Ce qui fait le pont entre ces répertoires : l’anglais qu’il faut donc prendre au sérieux

Implications 

En Europe, c’est la combinaison anglais- français- allemand qui exclut le moins de locuteurs.

Il faut assumer une coexistence équilibrée et concertée, non pas contre mais au coté de l’anglais :

Dans le monde universitaire : chercher à préserver les traductions vers l’anglais, les connexions par traductions et entre les différentes aires linguistiques en utilisant l’anglais ; préserver la dynamique de la constellation (pas celle de la fin de l’histoire : toutes les langues impériales chutent).

Comment ? Par un équilibre délibéré (politiques publiques de concertation mais respectueuses du marché (i.e. de la position centrale de l’anglais). Il faut être contre la domination, pas contre l’anglais.

« Proposition indienne » :

La politique linguistique indienne est astucieuse, c’est une constellation 3 + 1 : langue officielle et langue majoritaire : l’anglais et le hindi, langues nationales des États fédérés, langues protégées au sein des États fédérés.

On pourrait donc imaginer pour l’Europe ce système :

  • Que ceux dont la langue maternelle est autre que celle de la combinaison idéale (anglais – français – allemand) apprennent ces 3 langues (les 3 seraient à 3 moins 1). A noter qu’il y a une littérature importante sur la position injuste : il faudrait que les Anglais paient pour que les autres apprennent l’anglais. Irréaliste)

  • Solution 2 inadaptée : avec les 3 langues classiques et les moins onéreuses, on n’a aucune connexion extra-européenne.

  • 3è solution. Les Anglophones, Francophones ou Germanophones apprennent une langue classique, plus une autre langue européenne ou extra-européenne (1+1= +1) : réaliste. Les autres Européens apprennent 1 ou 2 langues européennes classiques ou 1 classique et 1 extra-européenne. Risque : la connexion des répertoires se fait par l’anglais.

En débattre sur le FORUM »

Autres interventions lors de ce débat du 21 mars 2008 : 

Résumé des interventions (.pdf)

Synthèse 
du débat (.pdf)  par Pierre-Jean Benghozi

S.E. M. Abdou DIOUF

Bernard CERQUIGLINI
Philippe CHANTEPIE
Pierre-André WILTZER


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