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Débat de Paris - 21 mars 2008
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La Francophonie : l'une des réponses à la mondialisation culturelle?

intervention de Bernard CERQUIGLINI

recteur de l'Agence Universitaire de la Francophonie

lors du débat La Francophonie : l’une des réponses à la mondialisation culturelle ? organisé par le Forum permanent sur le pluralisme culturel
le 21 mars 2008 au CERI - Sciences Po à Paris
Programme (en .pdf)

La Francophonie est une géographie qui résulte d'une histoire et qui se constitue en politique. C’est une géographie : elle dessine une carte du monde, le terme lui-même ayant été inventé par un géographe. C'est une histoire, d'ailleurs diverse et pas toujours coloniale. Mais c'est surtout un projet. Onésime Reclus, qui forgea le mot, était un opposant républicain au Second Empire, puis un Communard et d'avance un décolonisateur. Au-delà de la francophonie maternelle, il esquissait une alliance de pays et de peuples qu’unissaient une langue et une culture. Pour ceux qui le suivirent, y compris les Pères fondateurs des années 1960, l'idée francophone fut d'abord un projet.

L'Agence universitaire de la francophonie constitue, pour l'enseignement supérieur et la recherche, un projet de ce type ; elle dessine la carte francophone de la solidarité académique.

Sa fondation fut géographique et historique. Il s'agissait, pour ceux qui en eurent l'idée au Québec, en 1961, de réunir les universités de langue française. Réseau solidaire, certes, aidant au développement des universités francophones du Sud, mais réseau linguistiquement homogène : une association des universités de langue française. On doit à Mohammed El Fasi, grand recteur de l'université de Tunis, la transformation de cette union en ambition, par l'invention décisive d'une consonne. Il plaida en faveur des universités partiellement francophones, mais qui exprimaient le désir de faire rayonner la langue. À son instigation, la consonne p se glissa dans le sigle : l’AUPELF regroupait dès lors, au-delà des universités strictement de langue française, un réseau d'établissements d'enseignement supérieur adhérant au projet de solidarité académique en français.

Ce faisant, la francophonie universitaire répondait aux besoins de notre temps (des alliances mondiales fondées sur une communauté linguistique ou culturelle), comme aux exigences de la science contemporaine (mobilité, échange, coopération). Cette heureuse alliance, fécondité de la politique universitaire francophone, fut bien perçue de ma prédécesseure, Michèle Gendreau-Massaloux, et poussée avec une ardeur féconde. L'Agence universitaire de la francophonie regroupe aujourd'hui 659 universités, réseau englobant la Francophonie institutionnelle mais s'étendant bien au-delà. On peut se réjouir, par exemple, que trente-cinq établissements d'enseignement supérieur algériens en soient membres, et que leurs recteurs participent à toutes les instances de l'Agence ; on peut apprécier que l'université de Tel-Aviv soit, depuis 2005, un membre actif de notre association ; on peut trouver de bon augure que les sept meilleures universités brésiliennes nous aient rejoints : le Pôle d'excellence en démographie et urbanisme que nous avons installé à l'université de Sao Paulo est des plus actifs dans sa collaboration avec les universités de Dakar, de Montréal et d’autres. Que des universités appartenant à des pays qui ne sont pas encore, pour diverses raisons, membres de la Francophonie institutionnelle fassent partie de notre association, est exemplaire. Ces établissements ont senti le besoin de se lier à d'autres pour des échanges d'étudiants, d'enseignants et de chercheurs, pour mutualiser des expériences et produire des savoirs. La recherche scientifique contemporaine est collective. Mais ces universités ont choisi de le faire en français, tenant qu’une autre langue d'échange et de production scientifique est nécessaire, qu'elle a fait ses preuves dans bien des domaines (sciences sociales, mathématiques, télédétection aérienne, etc.), qu’elle est un riche moyen de réflexion, d'expression et de transmission. Grâce à la langue française, ainsi partagée, se constitue un réseau scientifique original, performant et généreux (aide au développement des universités du Sud). L'Agence universitaire de la francophonie entend mettre ses moyens, son expertise, son expérience au service de l'excellence scientifique et universitaire ; il convient d'être audacieux et dynamique pour tous : la science contemporaine et la justice le requièrent.

La constitution d’un réseau universitaire dynamique et solidaire, fort de ses acquis scientifiques et humains, participe au nécessaire pluralisme du monde contemporain. Par-là même il est une réponse factuelle et pour ainsi dire paisible à la prédominance actuelle de la langue anglaise dans les sciences. Pour paraphraser le ministre Guizot : « faites d'abord de la bonne science ; on vous lira ».

En débattre sur le FORUM »

Autres interventions lors de ce débat du 21 mars 2008 : 

Résumé des interventions (.pdf)


Synthèse du débat (.pdf)  par Pierre-Jean Benghozi

S.E. M. Abdou DIOUF

Philippe CHANTEPIE
Astrid von BUSEKIST
Pierre-André WILTZER


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