Les individus des deux côtés du "fossé culturel" ont beaucoup à gagner en dépassant les préoccupations liées aux images, symboles et positions du passé pour oser s'ouvrir véritablement à l'expérience de l'Autre. La fixation sur des images préconçues, des doctrines inflexibles et des positions politiques rigides bloque tout dialogue. Ce qui est le plus important actuellement pour les deux communautés, c'est de dépasser les réactions impulsives liées à des discours repliés sur eux-mêmes, c'est-à-dire des oppositions centrées sur la justification égoïste et ethnocentrique de la dichotomie du "ou bien/ou bien" qui divise le monde en camps opposés.
En revanche, le dialogue conçu comme un outil pour transformer le conflit implique de chercher le pouvoir avec l'Autre plutôt que le pouvoir sur une culture étrangère. Idéalement, un tel engagement culturel égalitaire ne devrait pas être simplement le fait d'une élite, mais plutôt un processus de large participation qui permet aux membres de cultures étrangères de redécouvir leurs traditions et leurs motivations respectives. Au lieu de l'approche négative qui cherche surtout à démythifier les stéréotypes (comme des tendances de l'Orientalisme et de l'Occidentalisme), le dialogue cherche à développer de nouvelles compréhensions mutuelles sur une base de coopération. Un tel engagement actif à travers un dialogue soutenu peut aider à découvrir une signification partagée malgré la crainte, la colère, l'insécurité et l'incompréhension.
Le dialogue à travers les frontières culturelles permet aux membres de communautés en conflit de redécouvrir leurs traditions propres. En cherchant des façons de comprendre aussi bien les réalités actuelles que les critiques externes, ceux qui pratiquent le dialogue permettent à leurs traditions de s'exprimer dans de nouveaux contextes. Dans ce processus, ils acquièrent une compréhension ouverte des autres systèmes culturels et ils engagent un processus d'élargissement et de reconstitution des fondements de leurs propres identités. Cela ne signifie pas de sacrifier leurs attaches originelles, mais cela exige au moins des pratiques davantage interculturelles : faire l'expérience de l'autre dans sa propre identité.
Dépasser les attitudes réactionnaires et le comportement ethnocentrique suppose que le monde occidental et la monde islamique arrivent à se connaître. Refuser les défis d'un dialogue actif conduit à renforcer la position des fondamentalistes dans les deux communautés. Dans le monde moderne, pour n'importe quel groupe - Musulman, Juif, Chrétien, Bouddhiste, Hindou -, le repli dans un ghetto culturel ou politique est non seulement une négation de la riche diversité de l'expérience contemporaine, mais aussi un refus d'assumer sa responsabilité envers les générations futures. Il importe de développer les processus d'une communication interculturelle capable de produire le respect de la diversité à l'intérieur et à l'extérieur de nos propres communautés, la confiance dans la différence et le regard critique sur soi. Ceux qui s'engagent sur cette voie ne doivent pas espérer une récompense immédiate, la fin définitive des conflits, ou l'assurance de la compréhension. Ils devraient plutôt chercher à aider l'autre partie à comprendre comment chacune situe son identité dans le monde, et encourager les deux parties à travailler ensemble pour découvrir et inventer des compréhensions et des priorités partagées. Un tel dialogue incitera les Occidentaux et les Musulmans à mieux comprendre leurs valeurs et leurs idéaux respectifs à mesure qu'ils apprendront à les partager d'une nouvelle façon.
Parce que le monde actuel n'offre aucune perspective pour trouver l'authenticité dans l'isolement ou la sécurité à l'intérieur de frontières rigides, les Musulmans et les Occidentaux doivent chercher la rencontre plutôt que l'ignorance ou l'affrontement. Promouvoir des relations de dialogue apaisé dans le climat actuel de récrimination mutuelle et de revendication d'une supériorité culturelle ne sera pas une tâche facile. Les discours dominants en Amérique et au Moyen-Orient se ressemblent étrangement dans leur façon de construire l'image de l'ennemi par un recours sélectif à l'histoire. Comme produits de comportement ethnocentrique, de tels discours font apparaître la guerre comme naturelle. Le dialogue apaisé, contrairement à la guerre, est proactif et il exige un effort délibéré pour passer du superficiel au relationnel, de la morbidité à la créativité, de la défensive à la franchise, d'une fixation sur les aspects négatifs à l'affirmation coopérative de possibilités positives, et des politiques de la peur à la projection de celles de l'espoir. Le dynamisme positif exige le plein engagement du Moi avec l'Autre, en même temps que la conscience que les relations "Islam " - "Occident" portent en elles non seulement le poids des conflits passés, mais offrent aussi des ressources pour atteindre la paix aujourd'hui.
(Traduit de l'anglais par Jean Tardif)
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Quelques articles publiés par Common Ground News Service (CGNews) - November 5, 2004
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