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Joëlle Farchy
Après une longue période d'ignorance réciproque force est de constater que la culture est désormais au cœur de recompositions économiques majeures. Dans l'économie informationnelle, ce sont les idées, les concepts qui constituent les ressources les plus importantes. Les industries culturelles alimentent pour une large part les réseaux et les supports informationnels. La culture est désormais un secteur d'activité fortement imbriqué dans l'évolution du capitalisme ; elle n'en demeure pas moins spécifique.
Les œuvres culturelles ne sont pas des marchandises comme les autres qui peuvent être livrées aux lois du marché. La notion même d'industries culturelles apparaît comme une contradiction dans les termes pour des activités déchirées entre des ambitions de création artistique et, en même temps, comme ailleurs, une logique de rentabilité industrielle. Les industries culturelles sont marquées par l'importance de la phase de création d'un prototype au sein d'un processus industriel dans lequel les logiques de fabrication et de diffusion sont très proches de celles de secteurs traditionnels. La fragilité structurelle du mode de production (aspect prototype) et les caractéristiques de biens collectifs justifient, plus que dans n'importe quelle autre activité, de ne pas soumettre ces marchandises aux règles habituelles du marché.
La culture, plus que toute autre " marchandise " a une dimension symbolique qui dépasse largement la valeur d'usage des biens et le poids des productions culturelles dans le PIB. Plus que des marchandises, ce sont des valeurs, des visions du monde qui circulent à travers les écrans de télévision, de cinéma ou d'ordinateurs. Ces industries " de l'imaginaire " modèlent nos comportements, réaffirment ou discréditent des valeurs partagées qui façonnent notre identité. La vraie différence avec d'autres marchandises tient donc plus à cette dimension symbolique de la culture qu'à des caractéristiques économiques.
Les enjeux économiques n'en restent pas moins considérables. Trois grands enjeux sont au cœur du débat sur le pluralisme culturel: le déséquilibre très marqué des flux audiovisuels que pourrait encore accentuer la libéralisation du commerce électronique, la concentration et l'intégration verticale des groupes médias qui constituent un oligopole puissant, et enfin l'instrumentalisation marchande des droits de propriété intellectuelle, le tout dans le contexte de développement des technologies de l'information et de la communication. La mondialisation des échanges et celle des productions au sein de groupes puissants alimentent les craintes d'une homogénéisation au profit des cultures dominantes.
L'importance économique grandissante de la culture peut-elle être reconnue et analysée sans céder à l'économisme ambiant ? Comment concilier la logique du marché fondé sur le profit et la logique de la culture orientée vers la création du lien social et l'épanouissement artistique ?
Liste de sujets pour les débats
Economie et diversité culturelle : quelle compatibilité ?
Quels liens existe-t-il entre concentration économique, intégration verticale et diversité culturelle ?
Echanges commerciaux déséquilibrés et résistance locale
Culture, propriété intellectuelle et nouvelles technologies de l'information et de la communication
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