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LA PROBLÉMATIQUE
Par le biais des mécènes, le développement économique a pu contribuer à la culture. Aujourd'hui, les révolutions technologiques favorisent la captation du culturel par l'économie. Les productions et les marchés de l'information, de la connaissance et du divertissement s'élargissent. Par delà les industries culturelles, art et culture sont incorporés dans une large gamme de produits. Dans le monde, une part importante de la culture se trouve soumise aux lois du marché, de la propriété, du profit et de l'accumulation capitaliste. Elle devient, par delà la science et la technique, une force productive, un instrument de production, un capital au service des entreprises et des États.
Deux thèses s'affrontent concernant les effets de ce capitalisme culturel.
Selon les uns, il opère une homogénéisation, une occidentalisation de la culture. Cet impérialisme culturel va engendrer des mouvements de résistances et de retraditionnalisation.
Selon d'autres, les économies nouvelles avec l'appui des industries culturelles monopolisent la créativité, jouent sur la qualité, la valeur symbolique et culturelle et donc sur la différenciation des produits et créent des bouquets de biens et services selon les préférences des clients. Non seulement le capitalisme culturel différencie les produits, mais par la publicité et les médias, il manipule la subjectivité des personnes, aiguise les désirs et transforme les styles de vie. Ces évolutions conduisent à l'extension des droits de propriété intellectuelle, d'auteur et des copyrights. Profitant d'abord aux entreprises et au capital, cette monopolisation de la création provoque, à son tour, problèmes et résistances.
Mais alors où fixer la limite du brevetable ? Quels droits culturels la société civile peut-elle défendre et promouvoir parallèlement aux droits de propriété intellectuelle ?
La production marchande de la culture
Longtemps la culture s'est développée de manière relativement autonome par rapport à l'économie. Le développement culturel suivait celui de l'économie. Les surplus économiques accumulés étaient déversés dans la culture et le luxe par de riches mécènes. Aujourd'hui, tant dans les pays du Nord que du Sud, les révolutions technologiques et la globalisation favorisent la captation du culturel par l'économie, son incorporation dans une infinité d'objets biens et services, dans la stimulation des marchés, dans la transformation de la subjectivité et dans la persuasion des consommateurs.
Au cours des dernières décennies, une multiplicité de facteurs a provoqué une mutation fondamentale favorisant la production marchande de la culture notamment par les industries et les entreprises culturelles multinationales et mondiales dont la montée en puissance est remarquable. Parmi ces facteurs, il faut compter le développement de l'informatique et de la micro-électronique, les révolutions dans les communications interpersonnelles et collectives, la propagation rapide des moyens de réception et d'émission efficaces et tous azimuts, la miniaturisation des appareils permettant la diffusion de l'oral, du visuel ou de l'écrit, l'installation et l'intégration planétaires des réseaux de communication et de transport, comme encore le développement des connexions entre les appareils et entre les entreprises. Des niveaux accrus d'éducation et le développement des temps libres et des revenus expliquent également le formidable boom des entreprises et industries culturelles.
Première partie
La thèse de la convergence et de l'uniformisation culturelles
La marchandisation de la culture favorise sa démocratisation, sa popularisation mais suscite aussi de nombreuses critiques parmi les artisans et les partisans de la haute culture. Cette révolution culturelle est mal appréciée par les élitistes qui n'hésitent pas à critiquer l'involution de la haute culture et sa vulgarisation par la propagation à la masse et le divertissement : son objectif principal.
D'autres critiques voient dans l'industrialisation et la commercialisation de la culture, la source de l'impérialisme culturel des pays du Nord sur le reste du monde et dénoncent l'occidentalisation de la culture dans le monde et, par ailleurs, la folklorisation des cultures locales, régionales et locales.
D'autres encore dénoncent l'uniformisation et l'homogénéisation planétaires de la culture : celles-ci seraient les conséquences inéluctables du développement des industries et des secteurs culturels publics ou privés, ainsi que de la concentration économique et financière grandissante dans les secteurs de l'information, de la diffusion et de la communication de la culture.
Mais est-il sûr que l'évolution soit unidirectionnelle ? Le capitalisme culturel n'exercerait-il aucune force dans le sens de la diversité? Ne peut-on, au contraire, montrer comment les nouvelles économies provoquent une différenciation à l'infini des produits, biens et services, en jouant sur les désirs, le goût du luxe, en travaillant à la séduction, à la persuasion et à la distinction ?
Deuxième partie
La promotion de la diversification par le capitalisme culturel
Diversité et différenciation : les atouts du nouveau capitalisme
Sans nier l'importance du phénomène de massification, ni les processus d'homogénéisation culturelle, on ne peut occulter les forces qui, à l'inverse, jouent dans le sens de la diversité et de la diversification.
Dans les faits, le capitalisme culturel est de manière continue à la recherche d'innovations artistiques, esthétiques et culturelles indispensables à la création de nouveaux styles de vie, de nouveaux objets, gadgets et modèles, de nouvelles formes de voyage et de loisir, de nouveaux lieux et de nouveaux environnements.
En parallèle, le capitalisme culturel se trouve en quête de nouveaux moyens de susciter les désirs, de créer de nouveaux états de conscience, de sensibiliser les consommateurs à la valeur symbolique des nouveautés, de les persuader du plaisir de la différenciation et de l'individualisation des goûts et styles de vie.
Troisième partie
Les processus et les conséquences du développement du capitalisme culturel
La monopolisation de la création et de la créativité
Les économies nouvelles basées sur la création et la créativité vivent de l'accaparement et de la monopolisation de la création culturelle. Par delà leur puissance d'imposition, elles développent leurs capacités de captation, d'accaparement et de formatage de ce qu'elles approchent et qui pourrait leur être utile. La volonté de contrôle des sources et centres de créativité est centrale, ainsi que des recherches visant à l'innovation culturelle qu'elle se poursuive au sein ou hors des entreprises. Dans le même temps, il importe de mettre en place des procédures et des règles permettant l'acquisition des droits de propriété immatérielle et intellectuelle, d'aménager les conditions de dépôt ou d'achat de brevets, ou encore d'obtenir des droits d'auteur ou des copyrights. A l'affût d'innovations culturelles, les entreprises cherchent à étendre les droits de propriété intellectuelle et immatérielle mais aussi à accroître leur durée et leur portée géographique. Telles sont quelques unes des conditions de l'accaparement et de la monopolisation des fruits de la création.
Le développement des inégalités culturelles
L'extension des droits de propriété intellectuelle, à la suite des droits de propriété physique, favorisent l'épanouissement du capitalisme culturel mais aggravent les inégalités de richesse et de culture partout dans le monde. De longue date, on sait d'ailleurs comment le capital culturel produit mais aussi reproduit.
L'importance de l'affirmation des droits culturels
Face au développement global du capitalisme culturel, il ne suffit donc pas de vouloir égaliser les chances d'accès aux produits culturels, biens ou services. Il faut parallèlement élargir les droits culturels des personnes, des communautés, des peuples et des nations. Il faut maintenir pour tous la porte ouverte à la conception et à la création culturelles. En d'autres termes, les droits de propriété intellectuelle et d'auteur définis en faveur des créateurs, des producteurs et des diffuseurs doivent être sauvegardés, y compris par un système d'exception culturelle. Mais ces droits doivent être intégrés dans un ensemble plus large qu'il est convenu d'appeler les " droits culturels " : ceux-ci comprennent les droits du créateur à une juste rétribution de son travail (sauf s'il souhaite une diffusion libre et gratuite de sa création), mais donnent au citoyen un accès au patrimoine commun de l'humanité, mais aussi la possibilité pour chacun de promouvoir sa culture et d'accéder au patrimoine culturel correspondant à son identité singulière et donc en fonction de ses communautés d'appartenance et de référence.
Comme le souligne Omanga Bokatola, parmi les droits de l'homme, "les droits culturels figurent en queue de liste" : après les droits civils, politiques, économiques et sociaux et ce, quels que soient les efforts du Conseil européen à Strasbourg ou de l'UNESCO à Paris, pour faire connaître et accepter les droits culturels.
Seules des associations civiles et des mouvements populaires puissants, voués à l'animation et à la promotion des cultures, voire des contre-cultures, peuvent imposer l'ouverture, voire le libre accès, et promouvoir le pluralisme culturel, la participation et l'émancipation des minorités au sein des sociétés multiculturelles.
La promotion des droits culturels nécessite la montée en puissances des organisations nationales et internationales non gouvernementales (OING) à caractère culturel. Seules ces associations et mouvements peuvent activement contribuer à la protection des cultures nationales et locales, et éviter leur captation ou leur folklorisation, sous peine d'entrer dans une dépendance culturelle et de subir les impositions économiques et culturelles à partir de l'extérieur.
» Lire le texte intégral de Jacques Delcourt
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