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Le numérique francophone: 

une des réponses à la mondialisation culturelle?

intervention du Docteur Justine DIFFO TCHUNKAM,  Chargée de Cours, FSJP  - Université de Yaoundé II – SOA; Directrice du CREDO

lors du débat La Francophonie : l’une des réponses à la mondialisation culturelle ? organisé par le Forum permanent sur le pluralisme culturel
à Yaoundé le 28 avril 2008
Programme (en .pdf)

De quoi s’agit-il ?

Tout d’abord, de par ses prises de positions pour la diversité culturelle et pour la solidarité Nord-Sud, la francophonie a un rôle évident à jouer dans l’intégration numérique  « monde »

Ensuite, les TIC, nouvelles clés de la société de l’information, ouvrent de larges possibilités dans les domaines de la gestion, du commerce, de l’enseignement et de la gouvernance.

Par ailleurs, des outils de communication par connexion large bande ont multiplié les possibilités de l’enseignement à distance et du commerce dans des régions rurales ou sous-développées.

Cependant, les disparités économiques et sociales se reflètent dans l’accès aux TIC.

L’un des enjeux majeurs de  la francophonie modernisée et rénovée  représente l’accès multiplié aux technologies de l’information et de la communication qui permettent de participer aux marchés mondiaux, de promouvoir la fourniture des services de base et de développer les possibilités locales.

Selon le rapport 2006 de l’UIT, quatre vingt-treize pour cent (93%) des abonnés aux TIC vivent dans les régions Asie-Pacifique et Amériques, l’Océanie et l’Afrique n’en comptant qu’un faible pourcentage (Rapport sur le développement des télécommunications/TIC dans le monde 2006, 8e Edition).

En 2005, un citoyen sur deux était connecté à l’Internet dans plusieurs pays développés, tandis que la proportion en Afrique était de un sur 250. Non seulement les moyens manquent dans de nombreuses régions pour implanter durablement des technologies et en tirer profit, mais la structure même des réseaux établis défavorise certains groupes géographiques et culturels.       

Bien plus, la moitié des pays membres de la francophonie ont un indice d’accès numérique faible. L’IAN est un indicateur comparateur global qui « mesure la capacité globale des individus d’un territoire donné à accéder et à utiliser les TIC » : élaboré par l’UIT en 2003 (Voir Simard, L’indice d’accès numérique en francophonie, NordSud.org, 2003). La fracture numérique linguistique apparaît ainsi comme étant l’un des défis à relever en rapport avec la mondialisation culturelle.

Pourtant, l’adoption le 20 octobre 2005 par la quasi-totalité des pays membres de l’UNESCO d’une convention sur la diversité culturelle étend son champ d’application à la société de l’information.

Pour ce qui est du monde numérique en effet, la convention devrait avoir pour conséquence d’inciter les Etats et tous ceux qui se reconnaîtront de l’esprit de cette convention à enrichir leur politique de contenus par une plus grande ouverture aux autres langues et cultures. Cela fait de la pluralité linguistique dans le cyberspace un impératif majeur. En ce sens, une politique inclusive devrait pouvoir garantir l’expression des diversités culturelles et assurer la participation du plus grand nombre de langues possible sur la toile.

L’essor des TIC, en multipliant les possibilités de développement, a paradoxalement accru la disproportion entre favorisés et défavorisés.

Notre planète s’est en effet brusquement transformée en un gigantesque territoire immatériel dans lequel la distance ne se mesure plus en kilomètres, mais en capacité de bande passante.

La fracture numérique ne se mesure pas uniquement entre pays développés ou non, mais également au niveau national entre populations plus ou moins favorisées et scolarisées, entre communautés culturelles, entre hommes et femmes, etc. De manière générale, les régions rurales souffrent d’un accès à Internet plus coûteux ou plus difficile que dans les régions urbaines des mêmes pays.

Quelle approche institutionnelle ?

Sommet de PARIS : 17 - 19 février 1986

Les chefs d'Etat et de gouvernement, bien que n’ayant pas adopté de déclaration spécifique, avaient toutefois insisté sur

"Le besoin urgent de traduire notre solidarité réaffirmée dans les programmes concrets et mobilisateurs en vue du progrès scientifique et technique, de la formation et de la maîtrise des nouvelles technologies et plus largement de développement solidaire."

Sommet de COTONOU : 2 - 4 décembre 1995

En réitérant leur attachement à une communauté francophone fondée sur l’usage du français et le respect de la diversité culturelle, les chefs d’Etat et de gouvernement des pays ayant le français en partage ont décidé de mettre ensemble les ressources diversement mobilisées pour corriger les déséquilibres des échanges économiques et culturels dans le sens d’un partenariat équitable et d’une solidarité réelle.

Le numérique francophone a été identifié comme étant cet adjuvant technologique apte à répondre aux incertitudes suscitées par la mondialisation culturelle, et affronter avec pragmatisme le « choc de civilisations et de cultures ».

Sommet de HANOI : 14 – 16 novembre 1997

C’est finalement à l’issu du Sommet d’Hanoï que le numérique francophone va être perçu et clairement annoncé comme étant un défi commun.

Dans le domaine des communications, la Francophonie s’engage résolument dans les nouvelles technologies de l’information et elle demande formellement aux opérateurs de tout faire pour mettre  rapidement en œuvre le Plan d’action adopté par la Conférence des ministres francophones chargés des inforoutes, qui s’est tenue à Montréal du 19 au 21 mai 1997.

Désormais la construction de la francophonie numérique est un impératif certain inscrit dans la traçabilité est lisible dans le plan d’action stratégique de Montréal en sept points à savoir :
  • démocratiser l’accès aux inforoutes 
  • développer l’aire d’éducation, de formation et de recherche 
  • renforcer l’aire de création et de circulation des contenus 
  • promouvoir une aire de développement économique 
  • établir une vigie francophone 
  • sensibiliser les jeunes, les producteurs et les investisseurs 
  • assurer une présence concertée des francophones.
Dès 1998, la francophonie se dotait du fonds numérique des inforoutes destiné à améliorer l’accès aux TIC dans les régions défavorisées de la communauté et notamment en Afrique.

10 ans après, malheureusement, on n’a pas l’impression que l’accès à l’information scientifique numérisée soit réellement  démocratisée

Pourquoi le numérique francophone ? Quels enjeux ?

OUAGADOUGOU, 26-27 novembre 2004 : Xe Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement des pays ayant le français en partage

Les enjeux sont clairs, les objectifs précis :

Pour faire face aux profonds bouleversements politiques, économiques, technologiques et culturels notamment, que connaît le monde, aux défis multiformes que représente la mondialisation culturelle notamment, la francophonie s’inscrit dans une démarche prospective et adopte un cadre stratégique décennal qui décrit les missions et priorités sectorielles à l’horizon 2014

« …on ne peut, en effet, tout à la fois placer la solidarité au cœur des valeurs de la francophonie, et la promotion de la diversité linguistique et culturelle, au cœur de ses missions, et laisser se développer, sans réagir, ces deux risques majeurs que sont l’aggravation de la fracture numérique, et la colonisation du cybermonde par la langue et la culture des seuls détenteurs des technologies les plus récentes et les plus performantes ».

    Secrétaire Général de la Francophonie le 20 Mars 2008 à l’occasion de la JIF

Autrement dit…

Comment conforter la francophonie numérique lorsque l’on sait que c’est à travers les média et supports immatériels que  s’effectuent aujourd’hui les interactions entre les sociétés et les cultures ?

Interroger l’apport des TIC en général et de l’Internet en particulier dans le partage des connaissances, dans la diffusion des innovations scientifiques, au regard des valeurs du multilinguisme et de la diversité culturelle.

Quels sont les défis à relever ?

1. RATTRAPER LE RETARD…

Objectivement, la francophonie numérique a pris un certain retard dû à la méfiance des acteurs de l’aire géoculturelle francophone, laquelle a contribué à renforcer l’américanisation du système monde et l’hyper empire numérique du véhicule socio culturel et linguistique anglo-saxon.

2. LA LANGUE DE L’INTERNET…

Pour des contingences historiques liées à la naissance d’Internet aux USA, les contenus numériques ont longtemps été, et restent même encore majoritairement en langue anglaise.

Les mois suivant la création des premières pages internet en 1992, la langue anglaise occupait probablement près de 100% de l’espace internet
 
En 1998, on trouve sur internet 75% de la toile en anglais, et moins de 8% en langues latines. Une étude réalisée par l’ONG Funredes avec l’appui de l’Agence de la Francophonie, sur la situation de 5 langues latines sur internet, révèle que sur 100 pages en anglais, on trouve 3,75 pages en français, 3,37 en espagnol, 2 en italiens et 1,09 en portugais.

Il reste toutefois que, bien que le nombre de locuteurs latins soit supérieur au nombre d’anglophones (près de 780 millions contre 630 millions), le nombre d’internautes latins ayant accès à internet est inférieur au nombre d’internautes anglophones (215 millions contre 300 millions).

Cette prédominance est source d’exclusion et porte de fait préjudice à l’expression de la diversité culturelle des peuples, et ne reflète pas la multiplicité des langues du monde. Il est important d’indiquer ici que la diversité linguistique est une composante de la diversité culturelle, elle-même considérée comme un « patrimoine commun de l’humanité » et « sa défense comme un impératif éthique inséparable du respect de la dignité de la personne humaine ». 

A ce titre, le site www.diversiteculturelle.eu  se propose   de fournir des indications permettant non seulement de mesurer la diversité linguistique sur internet, mais également de mettre en valeur la réalité de la diversité culturelle numérique, à partir de l’observation de la diversité linguistique sur des sites internet publics ou privés homogènes en Europe.

3. De la fracture numérique à la fracture cognitive …

Les coûts d’accès à la FOAD, aux référentiels de recherche, à l’information scientifique: malgré la mutualisation des efforts de vulgarisation et de diffusion des savoirs, les coûts d’accès restent dissuasifs.

Pourtant, il faut reconnaître avec M. CERQUIGLINI le double avantage de la libéralisation des outils, logiciels et applications informatiques : 
leur efficacité concrète en termes d’accessibilité aux ressources et de mise en commun des cours ; le deuxième, plus symbolique, se pose en termes de survie des langues et cultures nationales, en jouant le jeu de la modernité par leur activité sur les réseaux.

4. Le défi de la gouvernance de l’Internet …

« Il faut entendre par « gouvernance multilatérale de l’internet » l’élaboration et l’application par les Etats, le secteur privé, acteurs civiques et sociaux, les experts et la société civile, dans le cadre de leurs rôles respectifs, de principes, normes, règles, procédures de prise de décisions et programmes communs propres à modeler l’évolution et l’utilisation de l’internet ».

EVOLUER VERS LES BONNES PRATIQUES…

Toutes les interventions placées sous le signe de la solidarité et du respect de la diversité linguistique et culturelle, doivent prendre en compte les besoins réels des populations, renforcer les capacités et valoriser les compétences locales, privilégier le libre accès des logiciels, applications et contenus pédagogiques au service de la promotion de la diversité linguistique et culturelle.

Il conviendrait alors, dans un souci d’équité, de faciliter la présence des langues peu représentées. Celles-ci sont souvent qualifiées de minoritaires, alors qu’elles peuvent concerner des pans entiers de l’humanité.

La fracture numérique de genre …

Que faut-il à faire ?
Avec quels Outils ?

Que peuvent faire ensemble les acteurs de la francophonie pour relever les défis numériques qui les concernent comme parlant français dans le monde qui vient ?

QUEL PROJET ?

CONSORTIUM FRANCOPHONE DES TIC :
  • Groupement d’Intérêt Public
  • Zone d’intégration numérique
2. LA VIGIE FRANCOPHONE prévue par la Déclaration d’Hanoi. La vigie francophone aurait pour mission justement de :
  • suivre les rapports de force sur internet
  • préciser à intervalle régulier les initiatives possibles ainsi que les menaces qui pèsent sur les intérêts culturels et économiques des francophones
  • renseigner sur la fracture numérique et sur les conditions auxquelles les divers produits culturels de langue française pourraient être distribués en ligne.
Quels moyens ?

Une mobilisation synergique des forces créatrices du développement pour faire de l’espace numérique francophone un espace de CODEVELOPPEMENT.
1. L’internalisation des engagements internationaux dans la législation des Etats

Dans la mesure où l’OIF reste toujours tributaire de la volonté des Etats et des gouvernements de donner à la francophonie les moyens de ses ambitions, elle reste  tributaire de l’appui, du relais, de l’intérêt et de l’adhésion du plus grand nombre.  Dans ces conditions, il faudrait élaborer et mettre en route des mécanismes institutionnels susceptibles de libérer la volonté politique des Etats, pour briser les murs virtuels  (d’ordre infrastructurel, financier, culturel et cognitif).

Elle doit compter avec la volonté et l’implication active des acteurs étatiques et institutionnels : de l’internet à la gouvernance, une démarche concertée. Plus concrètement, il faudrait que les Etats s’approprient le principe du 1 % numérique solidaire et en fassent un des véhicules de leurs propres politiques nationales.

Il s’agira pour ainsi dire d’insérer dans leurs législations nationales, notamment dans le Code des marchés publics, le principe du 1% numérique solidaire qui doit être appliqué et retenu sur la marge bénéficiaire des marchés publics accordés dans les domaines des services informatiques et internet.

2. L’ACTION DES MULTINATIONALES

L’action des multinationales dans l’espace géoculturel francophone (fondée sur le concept d’indemnité compensatrice) : sur le terrain économique, les grandes entreprises multinationales peuvent être de véritables agents de la francophonie numérique

Les sociétés actives dans les domaines du matériel et des logiciels informatiques exercent une influence de même type sur la mise en place linguistique d’internet, en produisant des ordinateurs qui disposent des claviers, de présentation et de systèmes d’exploitation flexibles et adaptés aux langues de la mass communication
Quels résultats ?

Si l’outil que sont les inforoutes est bien maîtrisé, il sera susceptible de créer un espace de portée universelle au profit de tous les francophones, qu’ils appartiennent ou non à la Francophonie.

Le principal dividende étant la démocratisation des savoirs, dans le respect la différence et du pluralisme culturel.

Nous avons la conviction, Excellence Mesdames et Messieurs, que l’opérationnalisation de ces outils fera du numérique francophone une réelle force d’influence dans l’espace culturel « monde », dans la Francophonie Monde.

En débattre sur le FORUM »

Débat de Yaoundé :   Programme complet (.pdf)

Autres interventions :


Albert-Claude BENHAMOU : La Francophonie numérique
Albert-Claude BENHAMOU : TICE, enseignement supérieur et éthique
Gervais MENDO ZE : la Francophonie des médias
Christian PHILIP : l'une des réponses à la mondialisation culturelle?
Paul-Gérard POUGOUE :  la Francophonie universitaire et scientifique
René SADI : la Francophonie dans l'espace culturel mondial
Jean TABI MANGA :  la corps de métier et la magistrature d'influence


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